Critiques de films, Drame, Western

Critique : Les Premiers Les Derniers de Bouli Lanners

Ambiance de fin du monde dans ce western européen

Affiche Les Premiers les derniers
Affiche Les Premiers les derniers

11 ans après Ultranova, son premier long-métrage en tant que réalisateur, Bouli Lanners nous propose sont 4ème, Les Premiers Les Derniers. Lanners prend son temps pour réaliser ses films et, au vu du résultat, on le comprend. Il avait frappé fort avec Eldorado et nous avait également réjouis avec Les Géants. Nous l’avions d’ailleurs rencontré à l’époque, vous pouvez retrouver cet entretien ici. Sur le papier, le film avait tout pour nous plaire : Bouli Lanners à la réalisation et devant la caméra, Albert Dupontel, Michael Lonsdale, David Murgia, Max Von Sydow, Philippe Rebbot, il faut reconnaître que ça en jette vachement. Qu’en est-il au final ?

Les Premiers Les Derniers plonge le spectateur dans une ambiance de fin du monde. D’un côté, on suit un couple de jeunes marginaux qui représentent l’espoir. Les Premiers. De l’autre, une bande de malfrats. Les Derniers. Entre les deux, il y a Cochise (Albert Dupontel) et Gilou (Bouli Lanners) qui doivent récupérer un téléphone portable au contenu compromettant. Ils croiseront en route toutes sortes de personnages dont deux figures paternelles (Michael Lonsdale et Max Von Sydow) au discours bienveillant.

Au-delà de la simple histoire de traque de téléphone et de sa galerie de personnages hauts en couleurs, cette nouvelle œuvre de Bouli Lanners porte un message et est bizarrement optimiste, chose inhabituelle chez le réalisateur belge. L’écriture du film est vraiment top. Lanners prend le développer de développer chacun d’eux ou, au moins, en dresser un portrait limpide qui met directement la situation au clair. Il faut également saluer son talent de dialoguiste. Il y a plusieurs scènes remarquables à ce niveau là et, ça donne déjà fortement envie de voir ce qu’il nous réserve pour la suite.

Extrait de Les Premiers les Derniers
Extrait de Les Premiers les Derniers

Une chose propre à Lanners, c’est cette faculté de nous faire croire qu’on est devant un film américain et ce, lors de chacun de ses films. Outre le côté western présent ici, on retrouve ces plans contemplatifs, une composition de l’image, des décors, des plans, une certaine poésie, un casting, des personnages, qui laissent croire au spectateur qu’il est devant un film indé américain. Ce que réalise Bouli Lanners, c’est un cinéma ambitieux comme on aimerait en voir plus souvent en Europe et surtout en francophonie. Ses films ne ressemblent à aucuns autres et tant mieux, ça rend Lanners essentiel dans le paysage cinématographique belge et français.

Extrait Les Premiers les derniers
Extrait Les Premiers les derniers

On en arrive à une des parties qui donnait le plus envie : le casting. On pourrait faire un paragraphe entier sur chacun d’entre eux tellement c’est un sans faute. Bouli Lanners et Albert Dupontel forment un duo fantastique. Ils se connaissent bien, s’apprécient et c’est un régal de les voir, une fois encore, évoluer ensemble. David Murgia et Aurore Broutin en forment un autre, celui du couple d’autistes. Ils sont d’une sensibilité évidente et, pour ceux qui ne les connaitraient pas encore, sont à surveiller de près. Autres personnages liés à ceux de Gilou et Cochise, ceux interprétés par Suzanne Clément, Michael Lonsdale et Max Von Sydow. La comédienne québécoise joue étonnamment sans accent. C’est un vrai plaisir de la voir dans une œuvre si singulière. Que dire de Michael Lonsdale et Max Von Sydow, deux vieux de la vieille, deux comédiens dont les carrières parlent pour eux ? Leur présence ne fait que renforcer le sentiment que Lanners sait s’entourer. Leur choix est évidemment bon. On retrouve également l’excellent Philippe Rebbot, Serge Riaboukine et Lionel Abelanski, des acteurs qui remplissent parfaitement leur rôle, comme à chaque fois.

En signant Les Premiers Les Derniers, Bouli Lanners a encore fait fort. Il se démarque incontestablement de ses pairs du cinéma franco-belge, et avec la manière. Son œuvre est un petit bonheur visuel réussit tant au niveau de la mise en scène que de l’impressionnant casting. Lanners est un réalisateur qui compte et sur lequel on compte beaucoup à chaque fois. Et, à chaque fois, il ne nous déçoit pas. Qu’il continue de la sorte.