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Critique : L’expérience interdite – Flatliners de Niels Arden Oplev

Encéphalogramme plat.

Pour découvrir ce qui se passe après la mort, cinq étudiants en médecine se lancent dans une expérience aussi audacieuse que dangereuse.

L’idée de départ de Flatliners, remake d’un film des années 90 à moitié oublié, est aussi ridicule que prometteuse. Centré sur un groupe d’étudiants en médecine qui, tentant de découvrir ce qui se passe après la mort, reviennent de leur bref voyage dans l’au-delà avec des capacités mentales décuplées (et de menaçantes occurrences surnaturelles !), le long-métrage a tout sur le papier du film de science-fiction horrifique un brin potache, mais réjouissant. Le résultat final prouve hélas qu’un bon concept ne fait pas un bon film  : à tous points de vue, Flatliners se place en dessous des attentes qui pourraient être formulées à son égard. Mis en scène maladroitement, écrit sans rigueur, il ne peut même pas se targuer d’être appréciable dans sa médiocrité, tant il est insipide.

Notre pénible récit commence avec Courtney (Ellen Page) une étudiante en médecine qui, après avoir tué sa sœur dans un accident de voiture 6 ans auparavant, s’investit corps et âme à apprendre comment sauver des vies… et à comprendre les secrets de la mort. Le temps ne nous est même pas donné de découvrir qui elle est, et qui sont les gens qui gravitent autour d’elle, que son dangereux projet est mis en place  : dans les sous-sols de l’hôpital dans lequel elle travaille, elle entend se placer dans un état de mort temporaire, puis d’être réanimé par ses amis. C’est une entreprise pratiquement suicidaire, ce que ne manque pas de lui faire remarquer son entourage, avant de se laisser convaincre en l’espace de quelques minutes de l’aider. Sous peu, ils se lancent tous dans l’aventure de l’au-delà, moins par curiosité scientifique que par intérêt pour les bénéfices de cette expérience, aux propriétés équivalentes à celles d’une drogue. À leur retour des limbes, leurs esprits se retrouvent considérablement étendus  : de minuscules détails de leur apprentissage médical leur reviennent aisément en mémoire, interpréter parfaitement du Schubert au piano est un jeu d’enfant, des recettes oubliées de grands mère sont remémorées, etc. Leur goût pour l’adrénaline s’est aussi accru, comme en témoigne leur exaltation pour la conduite à grande vitesse et leur libido hautement stimulée.

Comme pour toute drogue, la mort a ses dangers et ses effets secondaires. Ceux-ci prennent des formes liées à leur passé : défunts accidentels et victimes de leur arrivisme viennent les hanter, dans des visions qui sont peut-être, ou non, réelles. Il serait hypocrite de dire que ces séquences horrifiques sont dénuées de toute tension, mais on ne peut pas pour autant dire qu’elles sont particulièrement effrayantes. Dans sa mise en scène, Niels Arden Oplev, surtout connu pour avoir réalisé le premier volet de Millenium, ne s’impose pas comme un cinéaste d’horreur très inspiré. Son approche consiste principalement à se reposer sur des jumps scare et quelques ficelles horrifiques un peu trop familières  : messages de sang écrit sur les murs, apparitions furtives et compagnie. De quoi faire peur aux personnages, mais pas vraiment aux spectateurs.

Le film suscitera surtout des soulèvements de sourcils. Si la plupart des personnes rationnelles réagiraient à de tels événements en partageant leur vécu avec leurs compagnons d’infortune aussi vite que possible, il n’en est en effet rien pour ces docteurs de génie, qui prennent plus de la moitié du film avant de parler entre eux de leurs visions terrifiantes. «  Je pensais que c’était juste un effet secondaire  » déclare en guise d’explication l’un d’entre eux à propos de la torture mentale qu’il subit depuis quelques jours. Il est difficile de minimiser l’extraordinaire stupidité qui afflige ces personnages supposés être doués d’intelligence. Chacune de leur décision est aussi dangereuse que néfaste, et le dernier acte du long-métrage est un crescendo de choix absurdes et d’incohérences scénaristiques. Le vrai mystère du film n’est pas la cause de leur tourment, mais comment de jeunes gens aussi insensés sont parvenus à être acceptés en école de médecine.

De plus d’une manière, ils se rapprochent des personnages de slashers, avec tout ce que cela comporte de stéréotypes et de mauvaises décisions. Il y a le sage étudiant qui refuse de tenter l’expérience (Diego Luna), le riche playboy partant pour tout (James Norton), la jeune femme moins favorisée qui subit la pression parentale de réussir ses études. (Kiersey Clemons). Mais le film ne va même pas au bout de ses caricatures, se contentant de donner aux personnages d’Ellen Page et de Nina Dobrev de vagues traits de personnalité peu distinctifs

De telles erreurs seraient plus facilement pardonnables si, comme un slasher digne de ce nom, Flatliners était un tant soit peu amusant et effrayant, mais il n’est ni l’un ni l’autre. Même les scènes dans lesquelles les personnages usent et abusent de leurs nouveaux pouvoirs, qui sont très clairement conçues pour réjouir le spectateur, il est difficile de se passionner pour ce qui se passe. En cause, entre autres, des relations entre les intervenants dépourvues de toute crédibilité. On peine à croire que ces personnages sont réellement amis, amants, et leurs interactions supposément joyeuses semblent donc terriblement forcées. Difficile de s’amuser avec des gens qui sont en train de simuler leur plaisir de manière si évidente.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir réuni de talentueuses personnes pour les interpréter. Flatliners est rempli d’acteurs, tels que Diego Luna, Ellen Page ou encore Kiefer Sutherland, qui ont prouvé leur capacité à faire des étincelles par le passé. Aucun d’entre eux ne brille cependant ici  : affublés de personnages faiblement écrits et de dialogues péniblement explicatifs, ils livrent sans exception des performances peu convaincantes.

À qui incombe la responsabilité d’un film aussi médiocre  ? On pourra pointer du doigt le montage, souvent contre-intuitif, les effets spéciaux, indignes d’une œuvre dotée d’un tel budget, la réalisation de Niels Arden Oplev, dénué d’idées, et bien sûr, le scénario de Ben Ripley (auteur du pourtant très correct Source Code), qui fait la part belle aux problèmes de rythmes. Lorsqu’arrive enfin l’acte final, lourd en incohérences et très léger en catharsis, il ne fait en tout cas aucun doute  : il y a avait peut-être un concept sympathique au cœur de Flatliners, mais tout a été entrepris pour l’étouffer.