Cannes 2015, Critiques de films, Drame, Thriller

Critique : L’homme irrationnel de Woody Allen

Pile à l’heure. Le Woody Allen de l’année est arrivé.

Affiche d'Irrational Man de Woody Allen
Affiche d’Irrational Man de Woody Allen.

Abe Lucas est professeur de philosophie, mais, surtout, irrémédiablement dépressif. Fraichement débarqué sur le campus de l’université Braylin, il sympathise immédiatement avec Jill Pollard, une de ses étudiantes, parmi les plus brillantes. Entre-temps, et malgré quelques problèmes mécaniques, il se laisse séduire par Rita Richards, sa collègue, plutôt… insistante. Des distractions qui n’empêchent pas sa crise existentielle d’empirer. Un jour, alors qu’il dine avec Jill dans un petit snack, il surprend la conversation d’une femme, désespérée, car elle risque de perdre la garde de ses enfants à cause d’un juge. Abe a maintenant trouvé un but à sa vie : réparer celle de quelqu’un d’autre. Gare aux dangers collatéraux!

 

Comme le Beaujolais, chaque année, plus ou moins à la même période, débarque le Woody Allen nouveau. Après Magic in the Moonlight (plutôt mal accueilli), l’année dernière, le prolifique réalisateur retrouve Emma Stone pour ses habituels bavardages. Cette fois, l’actrice donne la réplique à un Joaquin Phoenix qui a perdu toute joie de vivre, en même temps qu’il a gagné quelques kilos. L’acteur protéiforme est Abe Lucas, un prof de philosophie, personnage tout à fait indiqué pour débattre de la vacuité de l’existence, thème qui apparaît souvent dans la filmo de monsieur Allen. Après quelques incartades romantico-comiques (Midnight in Paris, notamment), l’américain revient au thriller philosophique, dans le style Match Point, sans, toutefois, en égaler la virtuosité perverse.

Si Irrational Man n’arrive pas au niveau de certains de ses prédécesseurs, on peut néanmoins le classer dans la catégorie des bons Woody Allen. À travers les pérégrinations de ce prof de philo dépressif, il nous montre que le passage au crime n’est parfois pas bien loin. Bon, tout dépend de la personne, bien entendu, ses héros étant en général plus « allumés » que notre entourage. À épingler, à ce propos, la performance de Joaquin Phoenix, manifestement enclin pour l’instant aux rôles excentriques à tendance borderline (The Master et Inherent Vice pour Paul Thomas Anderson, Her de Spike Jonze).

Woody Allen ne tourne plus dans ses films, mais reste à la barre pour le reste.
Woody Allen ne tourne plus dans ses films, mais reste à la barre pour le reste.

Comme toujours, les dialogues sont parfaitement ciselés et contribuent à créer cette ambiance si caractéristique de l’univers allenien. Ça parle beaucoup, mais jamais pour ne rien dire, quoique… Le scénario, quant à lui, nous ménage quelques surprises. Après tout, nous sommes face à un thriller. À tendance philosophique, certes, mais thriller quand même! Ceux qui apprécient le style du new-yorkais devraient donc y trouver leur compte, alors que les détracteurs pourront pointer les mêmes défauts. Pour les novices, enfin, il peut s’agir d’une bonne entrée en matière.

Cette seconde collaboration entre Emma Stone et Woody Allen donne un film plus réussi que le précédent (Magic in the Moonlight, 2014). Tout en restant fidèle à son univers de longues discussions philosophiques, l’américain renoue avec le thriller. Dans la même veine que Match Point, sans en atteindre le génie. Du bon Woody Allen, ni plus, ni moins.