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Critique : L’île aux chiens de Wes Anderson

We don't need no education !

We don’t need no education !

En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

Dans les premières minutes du film, deux meutes canines adverses s’apprêtent à s’affronter pour les restes moisis confinés dans un sac. Néanmoins, l’un deux, Rex (Edward Norton), se lance dans l’inventaire de celui-ci, comme pour rendre ces déchets davantage comestibles. Cette séquence pourrait sembler entièrement anecdotique si elle ne répondait pas à l’obsession prophylaxique de Wes Anderson. Autrement dit, L’île aux chiens témoigne d’un désir de perfectionnisme probablement paroxystique chez son auteur. Car huit ans après Fantastic Mr. Fox, son premier film d’animation en stop-motion, ses moyens techniques répondent largement à ses ambitions.

À ce titre, le nouveau film de Wes Anderson s’accapare l’imaginaire des estampes japonaises, consolidant par là son maniérisme esthétique. D’autant qu’il systématise les travellings et les zooms, assimilant de fait la décharge (qui évoque évidemment les échos de Fukushima) un aire de jeux, dans laquelle chiens et humains se livrent à un véritable jeu de pistes.

D’autant que le film se joue à diverses échelles. En ce sens, il renverse littéralement l’ordre du monde, créant par extension de nombreux motifs comiques par la reconfiguration des relations humaines et animales. Les chiens sont alors porteurs d’un idéal démocratique en opposition à un pouvoir aux pratiques discriminantes (faisant alors écho aux déclarations de Donald Trump) et propagandistes. Par ailleurs, L’île aux chiens se révèle particulièrement passionnant et émouvant lorsqu’il installe les fondements d’un éloge de la camaraderie. Enfin, il s’inscrit entièrement dans la filmographie de son auteur, en ceci qu’il en reconduit le principal motif, à savoir celui de la famille recomposée et élargie, bouleversée par une paternité défaillante (le jeune Atari et son père de substitution). Sauf que ce motif est ici croisé à une certaine idée de l’antispécisme et de l’écologisme. Un beau film bâtard, en somme.

Ainsi le maniérisme de Wes Anderson côtoyait le trop-plein dans son film précédent, The Grand Budapest Hotel. Or dans L’île aux chiens, il épouse allègrement sa beauté visuelle et le lyrisme de son récit, fondamentalement vivant et humaniste. « We don’t need no education, we don’t need no thought control ! ».