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Critique : L’insulte de Ziad Doueiri

Des hommes d’honneur

A Beyrouth, de nos jours, une insulte qui dégénère conduit Toni (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien) devant les tribunaux. De blessures secrètes en révélations, l’affrontement des avocats porte le Liban au bord de l’explosion sociale mais oblige ces deux hommes à se regarder en face.

L’insulte, c’est un film libanais de Ziad Doueiri. Après avoir été assistant caméra de Quentin Tarantino sur, entre autres, Pulp Fiction et Reservoir Dogs, Doueiri s’est petit à petit mis à la mise en scène. C’est à lui que l’on doit un film choc de 2013, L’Attentat. Il s’agissait d’un film poignant à la réalisation percutante qui avait fait forte impression à sa sortie. C’est en toute logique que la prochaine œuvre de Doueiri était attendue.

L’histoire démarre sur base d’une simple insulte entre un réfugié palestinien musulman et un libanais chrétien. L’insulte est assez ridicule mais, les choses vont rapidement s’envenimer. L’honneur de chacun a été atteint et, pour le libanais, se faire insulter de la sorte par un réfugié palestinien est grave. Très grave. C’est pour cela que l’affaire va aller jusqu’au tribunal. Ridicule ? Complètement mais les enjeux d’honneur sont importants et on ne rigole pas avec ça.

Voir comment les choses dégénèrent constitue une première partie plutôt intéressante et réussie. Le tout est de voir comment les choses vont tourner. Quand l’affaire arrive au tribunal, le film prend une nouvelle tournure. A partir de ce moment là, Doueiri part dans un film de procès pur et dur. C’est à ce moment là que le décollage a lieu. Doueiri prend du plaisir à filmer les échanges verbaux entres les différentes parties et dieu sait qu’il y en a, de très réussies. Un élément en particulier, qui ne peut être détaillé ici, rend tous ces échanges particulièrement prenant.

D’une part, il y a donc Yasser, le réfugié palestinien, accompagné de son épouse et de son avocate. De l’autre, il y a Toni, le libanais, également avec son épouse et son avocat. Ce face à face est illustré avec beaucoup de tension par Ziad Doueiri et est surtout porté avec force pas le casting. Du côté de Toni, on a Adel Karam, Rita Hayek (Shirine, l’épouse de Toni) et Camille Choueiri qui incarne l’avocat. Du côté de Yasser, on a l’excellent Kamel El Basha, Christine Choueiri (Manal, l’épouse de Yasser) ainsi que Diamand Bou Abboud (vu il y a quelques mois dans l’excellent Insyriated/Une famille syrienne) dans le rôle de l’avocate.

La réussite de L’insulte tient à plusieurs aspects. Tout d’abord, l’histoire, plutôt simple, est très bien gérée et rythmée par l’excellente mise en scène de Ziad Doueiri, mise en scène qui atteint son paroxysme dans l’apothéose finale lors du procès. Le film est porté par six comédiens ; Adel Karam et Kamel El Basha principalement ; extrêmement talentueux. L’insulte est une nouvelle preuve de la richesse du cinéma mondial, libanais dans ce cas ci. C’est un cinéma de grande qualité qui a malheureusement souvent du mal à atteindre nos écrans donc, quand on peut en profiter, il faut saisir cette opportunité.