Comédie, Critiques de films, Drame, Romance

Critique : Love, Simon de Greg Berlanti

La première comédie LGBT d’un grand studio américain

Simon est un adolescent qui mène une vie tout à fait ordinaire bien qu’il porte un secret en lui : son homosexualité. Mais lorsque sa correspondance intime avec un autre jeune gay de son lycée est dévoilée au grand jour, l’ensemble de son équilibre est bouleversé. C’est alors que Simon tente de s’affirmer grâce au soutien de ses amis tout en cherchant à découvrir l’amour.

Le film est divisé en trois parties. La première a pour mission de fixer l’écosystème social dans lequel se place le récit. Sont ainsi présentés de manière soutenue et avec humour les personnages sympathiques que peuplent le monde de Simon : son directeur adjoint, son professeur de théâtre, etc. Ensuite, est montré que Simon dissimule sa sexualité jusqu’à l’apparition d’un témoignage anonyme d’un camarade de classe qui révèle son homosexualité sous le pseudonyme de « Blue ». Dès lors, une correspondance épistolaire s’entame entre les deux hommes, qui partagent leurs souhaits et leurs doutes. Cette relation illustre le soulagement qu’ont les jeunes gens de savoir qu’ils ne sont pas seuls, comme une libération qui va virer à l’obsession pour Simon. En effet, ce dernier va chercher à savoir qui se cache derrière Blue : chaque « suspect » va alors devenir une source de fantasme pour Simon. Puis, le troisième acte est marqué par la dispute entre Simon et ses amis, ce qui le rend bien moins intéressant car utilisé dans l’intégralité des comédies. Effectivement, le spectateur n’est pas dupe : le drame qui sépare les jeunes gens va inévitablement renforcer leur amitié.

Le film montre des adolescents presque parfaits, ce qui semble irréel à bien des égards. En effet, lors des soirées alcoolisées aucun jeune ne conduit en état d’ébriété, les adolescents respectent les couvres-feux donnés par leurs parents, personne ne passe le cap de la perte de virginité. De même, la situation familiale de Simon est très (trop) saine : ses parents s’aiment toujours passionnément, ils sont à l’écoute et d’un grand soutien. Ici, le coming-out n’est absolument pas un motif de bouleversement voire de désordre familial, bien au contraire.

De plus, la comédie est chaste, très politiquement correcte puisqu’il y a un seul baiser entre deux hommes et une référence aux pratiques sexuelles des homosexuels. Love, Simon ressemble à tant d’autres comédies romantiques américaines à une exception près : le personnage principal est gay. En définitive, avec ce film, les gros studios américains cherchent à savoir si le public est intéressé par des histoires de gens ordinaires gays cherchant l’amour.

Ce film fait malheureusement de Simon un protagoniste uniquement intéressant par sa sexualité, s’il était hétérosexuel le film n’aurait sans nul doute jamais vu le jour. Néanmoins, il a pour avantage de normaliser le coming-out, encore dernièrement vu comme tabou. On peut donc dire que c’est une comédie américaine ni plus ni moins, avec les mêmes rouages que d’habitude, à une exception près : cette fois-ci le public LGBT est pris en compte.

Ce film est un beau divertissement, drôle et attendrissant sur la problématique que peuvent rencontrer les jeunes qui ont à faire leur coming-out. Néanmoins, Love,Simon reprend l’ensemble des codes cinématographiques de la comédie américaine ce qui ne fait pas d’elle un film si subversif qu’il le dit.