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Critique : Lucky de John Caroll Lynch

Dernière cigarette pour Harry Dean Stanton.

Lucky est un cow-boy solitaire vivant sans cesse la même routine dans sa petite ville au coeur du désert américain. A la veille de ses 90 printemps, le vieil homme fait un malaise. Cela l’inquiète mais surtout, cela alarme les habitants de sa petite bourgade qui prennent conscience de la vulnérabilité de Lucky.

John Caroll Lynch, vous connaissez son visage, vous connaitrez son nom. Il est l’un des seconds rôles récurrents les plus iconiques du cinéma américain, il est le méchant dans Zodiac de David Fincher, il est le père de la baby-sitter dans Crazy Stupid Love, et il est l’un des invités dans le film trop méconnu The Invitation de Karyn Kusama. Il prouve avec ce premier long-métrage qu’il n’est jamais trop tard pour passer de l’autre côté de la caméra, car c’est à 53 ans que John Caroll Lynch change de casquette pour réaliser Lucky.

Quel débuts impressionnants ! Lucky offre une douceur infinie tout en abordant avec une grande mélancolie, le difficile sujet de la vieillesse et l’approche imminente de la mort. Harry Dean Stanton et David Lynch, y incarnent des personnages qui leur ont été crées pour eux. En effet Les scénaristes Logan Sparks et Drago Sumonja ont le écrit le scénario pour Harry Dean Stanton en s’inspirant directement de la vie de l’acteur. Le fait que l’interprète icônic de Paris-Texas joue, pour son ultime rôle au cinéma, un homme si proche de la fin, n’est pas sans nous provoquer un petit pincement au coeur. Ce n’est pas seulement Lucky que nous voyons s’éteindre à l’écran, c’est un acteur, un homme qui nous tire sa révérence.

Narrativement le film se présente comme une parenthèse finale, la dernière pensée d’un vieux cowboy qui sent la mort venir. Lucky est un personnage sensible, solitaire, et pourtant complètement entourée par une communauté très aimante. L’une des plus jolies scène du long-métrage se trouve être au 3/4 du film. L’une des serveuse du restaurant, où Lucky va boire religieusement son café tous les jours, vient cogner à la porte de Lucky pour savoir comment il va. Cette attention touche Lucky, qui la laisse entrer chez lui. Ils fument un joint ensemble, et Lucky lui confie qu’il a peur. Il n’a même pas à préciser quoi, on sait qu’il parle de l’imminence de sa mort.

C’est sans doute la plus belle chose dans le film, le fait que la mort soit omniprésente sans qu’il y ait vraiment de pathos. L’impression laissée par le film sera propre à chaque spectateur, certains y verront une approche assez paisible et optimiste, tandis que d’autres y verront la triste et inévitable arrivée de la mort de manière tragique. Heureusement pour éviter malgré tout de tomber dans un excès dramatique, nous avons un personnage plus léger, incarné par David Lynch ! Ami de Lucky (comme Lynch l’était d’Harry Dean Stanton), a perdu sa tortue « Président Roosevelt » et à la suite de cette perte décide de rédiger son testament. Toujours autour de la thématique du deuil et de la mort, mais cette fois-ci abordé avec beaucoup plus de légèreté et un peu d’absurde.

En terme de réalisation, le film est propre. On sent déjà que l’une des force de John Caroll Lynch réside dans sa direction d’acteurs qui est absolument parfaite. On se doute qu’il ne doit pas être évident de diriger David Lynch ou Harry Dean Stanton dans des rôles qui ont été écrits pour eux, et pourtant le « jeune réalisateur » relève le défit !

In Fine ce qu’il faut retenir de Lucky ; un acteur chevronné passe derrière la caméra pour la première fois et nous offre l’un des films les plus importants de l’année. S’il n’est pas le plus marquant, le film est le long-métrage testament d’un acteur que nous regretterons. Enfin Lucky c’est un exercice de direction d’acteurs, des performances et un rythme parfaitement maitrisés qui nous donnent envie de découvrir rapidement la filmographie future de John Caroll Lynch.