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Critique : M de Sara Forestier

La bègue et l’analphabète

Mo est beau, charismatique, et a le goût de l’adrénaline. Il fait des courses clandestines. Lorsqu’il rencontre Lila, jeune fille bègue et timide, c’est le coup de foudre. Il va immédiatement la prendre sous son aile. Mais Lila est loin d’imaginer que Mo porte un secret : il ne sait pas lire.

Alors que sa carrière d’actrice comporte de jolis faits d’armes, Sara Forestier s’essaie désormais à la réalisation, tout en se gardant un rôle dans le film, le rôle principal même. Elle a choisi ici de s’attaquer à une histoire d’amour, avec, comme le genre le requiert souvent, un fond dramatique à plusieurs niveaux.

Le fait de narrer la rencontre, qui se transforme en histoire d’amour, entre une bègue et un analphabète est plutôt bien vu. Le principe peut être utilisé de plusieurs façons donc, pourquoi pas procéder ainsi ? Rien qu’en lisant le pitch, on se rend vite compte de la cocasserie qu’implique la communication entre une fille qui ne parle pas et un garçon qui ne lit et n’écrit pas. Au début, les deux vont se renifler. Etre bègue ou analphabète n’est pas quelque chose que l’on confie naturellement au début d’une probable relation amoureuse. Il faut donc que chacun se livre petit à petit ou que les petits détails de la vie se délivrent. Une fois passée la phase d’adaptation, les amoureux vont devoir se pousser, s’épauler pour que chacun dépasse son « handicap ».

La différence, la place dans la société, le fait de vivre avec un « handicap » dans la société ou encore les classes sociales différentes sont plusieurs des sujets que Sara Forestier aborde, avec plus ou moins de profondeur et plus ou moins de subtilité. Elle le fait avec un regard bienveillant et avec tendresse pour ses personnages. Evidemment, c’est sur leur rencontre et son évolution qu’elle se concentre. Mais il n’y a pas qu’eux. Chacun d’entre eux a également sa situation familiale et l’école pour elle et le boulot, ou l’absence de boulot, pour lui. Ce sont des paramètres sociaux qui viennent parfois parasiter la construction de la relation bien que l’amour semble fort, plus fort que tout.

Au niveau de la mise en scène, Sara Forestier ne se distingue pas forcément mais, quant à son jeu, il n’y a rien à redire. Certains se demanderont pourquoi ce n’est pas une vraie bègue qui incarne Lila mais, il faut bien reconnaître que Sara Forestier s’en sort bien. Ce type de personnage lui permet de plus mettre l’action sur le physique et les gestes, du visage notamment. Mo, le M du titre, est quant à lui interprété par Redouanne Harjane qui, comme sa réalisatrice de partenaire de jeu, livre une jolie prestation également. C’est lui qui gère logiquement la partie orale, avec les quelques seconds rôles dont ceux de Jean-Pierre Léaud (le père de Lila) et Nicolas Vaude (son professeur de français). Harjane s’était jusqu’à présent contenté de rôles parfois mineurs dans des films pas vraiment remarquables comme Prêt à tout ou encore A toute épreuve mais, avec M, il trouve enfin un rôle à la hauteur de son talent. En tout cas, il y montre son potentiel qui semble large.

Avec M, Sara Forestier signe un premier essai en tant que réalisatrice réussi. Ce n’est pas par sa mise en scène pure qu’elle se fait remarquer mais par son approche romantique de cette histoire d’amour impossible et la tendresse qu’elle fait preuve à l’égard de son sujet et, surtout, ses personnages. Son interprétation ainsi que celle de Redouanne Harjane sont à mettre en avant.