A l'affiche, Cannes 2018, Critiques de films

Critique : Mandy de Panos Cosmatos

Nicolas Cage Chainsaw Massacre

Pacific Northwest, 1983. Red Miller et Mandy Bloom mènent une existence paisible et empreinte d’amour. Quand leur refuge entouré de pinèdes est sauvagement détruit par les membres d’une secte dirigée par le sadique Jérémie Sand, Red est catapulté dans un voyage fantasmagorique marqué par la vengeance, le sang et le feu…

On ne va pas s’en cacher, il est question du film que nous attendions le plus à ce 71ème Festival de Cannes. Et pourtant… La genèse du projet remonte à il y a plus de 10 ans, après le décès de Georges Cosmatos, réalisateur de Leviathan et Rambo 2 et, accessoirement, père de Panos Cosmatos, réalisateur de Mandy. Le financement fut compliqué ce qui fait que le film n’a été mis en production que l’été dernier. Honnêtement, quand on voit que Nicolas Cage vient tourner un film dans les forêts belges, on ne peut que penser que ce sera un xème nanar. Et puis, un jour, le film terminé est annoncé au Festival de Sundance. Là, on se dit qu’il y a peut-être quelque chose à en tirer. Puis le film cartonne à Sundance. Enfin, il est attendu à Cannes. Avec tous ces éléments, on ne peut que penser qu’il s’agit sans doute d’une vraie bonne surprise. A-t-elle eu lieu ? Oui.

Soyez prévenus, Mandy est un film expérimental. Ce n’est pas une œuvre facile d’accès et d’ailleurs, elle a laissé sur le carreau beaucoup de festivaliers qui ont quitté la salle. Il est question d’un couple qui va se faire attaquer par une horde de mystérieux motards. A cette attaque, Red répondra par une vengeance. La première partie du film s’intéresse à la romance et vie de couple de Red et Mandy avant de passer à la préparation de l’attaque, ses raisons et l’attaque elle-même. C’est un trip fantasmagorique très particulier. C’est dans cette première partie que l’on a droit notamment au discours du gourou de la secte, Jeremiah, discours complètement barré. La suite, c’est la vengeance. Sanglante, ultraviolente, elle met Nicolas Cage dans des états rarement vus.

Mandy est une œuvre qui a été pensée dans ses moindres aspects. Esthétiquement, formellement, il y a une forte personnalité. Au niveau de l’utilisation des couleurs, de la photographie, des cadrages, des effets visuels, c’est explosif, marquant. Panos Cosmatos s’est complètement lâché. Le film est stylisé à outrance, offrant un spectacle choc. C’est une œuvre extrêmement graphique qui réjouira les amateurs du genre.

L’écriture se doit d’être précise. Il s’agit d’une structure narrative simple, comme la majorité des histoires de vengeances mais, dans le détail, il y a beaucoup de choses, dans la première partie principalement. Ce qui a été particulièrement soigné, ce sont les dialogues. Grandiloquents ou drôles, il y a de tout. Alors que certains pourraient presque friser le ridicule, ils se révèlent plutôt être drôles avec un côté classe et badass. Le film, qui n’est pas à prendre au premier degré, évite de tomber dans le nanar grâce aux limites qu’il s’est fixé et sa cohérence. L’envoutante bande originale du regretté Johann Johannsson n’y est pas étrangère non plus.

Tous les x années, Nicolas Cage fait un bon film. Mandy en est de ceux là. Panos Cosmatos lui offre même l’un des rôles les plus sombres de sa carrière. C’est l’un des rôles pour lesquels il donne le plus de sa personne. Il subit énormément et livre l’une de ses prestations les plus folles. Il y a quelques plans de lui avec une hace/épée de sa fabrication ou encore une tronçonneuse particulièrement marquants et jouissifs.

Au final, c’est de ça qu’il est question pendant Mandy. De jouissance. On ne peut que prendre du plaisir, ou rester parfaitement hermétique, à cette œuvre pleine. Il n’y a pas vraiment d’entre deux. C’est bien la preuve que Panos Cosmatos a réussi son pari de ne pas faire un film consensuel. En tout cas, grâce à lui, on aura connu une des meilleures séances du festival, à n’en point douter. Le film est porté par un grand Nicolas Cage dont la folie n’égale même pas celle de son réalisateur. Soyez préparés à vivre une expérience inoubliable.