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Critique : Maryline de Guillaume Gallienne

Maryline et les autres, sur le plateau !

Maryline a grandi dans un petit village. Ses parents ne recevaient jamais personne et vivaient les volets clos. À 20 ans, elle « monte à Paris » pour devenir comédienne. Mais, elle n’a pas les mots pour se défendre. Elle est confrontée à tout ce que ce métier et le monde peuvent avoir d’humiliant mais aussi de bienveillant. C’est l’histoire d’une femme, d’une femme modeste, d’une blessure.

Après le triomphe de Les garçons et Guillaume, à table !, Guillaume Gallienne s’est fait rare. Au cinéma, on ne l’a vu que trois fois, dans Yves Saint-Laurent, Eperdument et Cézanne et moi, dans lequel il était franchement mauvais. Le fait de se préserver ainsi et éviter une saturation vis à vis du public est plutôt bien vu. En même temps, cela crée certaines attentes. Forcément, après un coup si réussi que l’était son premier long-métrage, la curiosité est au rendez-vous. Allait-il transformer l’essai ? Oui et non.

Les garçons et Guillaume, à table ! était un projet plutôt scabreux et, d’une certaine façon, Maryline l’est aussi. Enfin, dans l’absolu, le schéma narratif est plutôt classique puisque Gallienne montre l’évolution d’une jeune fille de la campagne qui tente de devenir comédienne. Il la montre dans son lieu d’origine, montre ses aspirations, ses débuts, ses échecs, ses succès. Les aléas de la vie quoi. Tout cela est finalement classique mais, Gallienne le traite avec sa tonalité propre.

Les garçons et Guillaume était un film qui alternait entre drame et comédie en permanence. A un moment, la comédie était plus mise en avant, à un autre, c’était le drame. Ce n’est pas quelque chose d’extraordinaire mais c’était couplé à un humour singulier. Tout cela faisait que le ton général du film semblait un peu inédit. La sensibilité de Gallienne s’est faite remarquer.

Maryline, c’est clairement plus un drame mais teinté par moments de grands instants de comédie. Bien entendu, on retrouve cette même sensibilité, cette bienveillance et tendresse qu’à Gallienne pour ses personnages. Il a beaucoup d’empathie pour cette demoiselle qui va d’échec en échec, d’humiliation en humiliation et qui a décidément beaucoup de mal à s’en sortir. Entre les ratages dans le cinéma et ses sérieux problèmes d’alcool, la vie est loin d’être facile. Dans le troisième et dernier acte, il bascule même dans l’exercice de style, retrouvant ses premières amours, le théâtre. Est-ce que c’est intégration de la scène va devenir une constante dans le cinéma de Gallienne ? C’est possible et, pour le moment, ça l’est. En tout cas, on sent la fascination qu’à Gallienne pour son art, tant théâtral que cinématographique. On sent également son plaisir à filmer ses comédiens, car ils sont nombreux, mais, principalement, son actrice principale.

Bizarrement, il y a un je ne sais quoi qui fait que c’est compliqué de rentrer à 100% dedans. Cela semble un peu décousu, les intentions de Gallienne n’étant pas toujours claires. Peut-être cela manque-t-il d’un peu de liant. Pourtant, il y a de très belles scènes dramatiques et quelques scènes de comédies particulièrement drôles et réussies.

Maryline est interprétée par la jeune Adeline D’Hermy, sociétaire de la Comédie Française comme Gallienne. Il l’avait déjà dirigée dans une adaptation théâtrale afin de voir ce que ça donnait entre eux et, force est de constater que ça fonctionne. Elle est totalement ravissante et a une bonne humeur communicatrice. Pourtant, elle ne l’est pas souvent dans le film vu les galères qu’elle traverse. Elle a aussi, et surtout, un charme un peu inexplicable qui fait qu’on est constamment avec elle et ce même quand Maryline agit de manière pas forcément correcte. A ses côtés, on trouve toute une galerie de personnages, issus du milieu artistique principalement. Il y a par exemple un réalisateur tyrannique incarné avec génie par l’allemand Lars Eidinger (vu dans les derniers films d’Olivier Assayas et prochainement dans celui d‘Alice Winocour et Claire Denis, comme quoi, il semble lié à Juliette Binoche) ou encore un autre metteur en scène, plus posé, interprété par Xavier Beauvois. On retrouve également Vanessa Paradis dans le rôle d’une actrice dont le discours sera un tournant dans la vie de Maryline ou bien encore Alice Pol dans une scène théâtrale particulièrement réussie.

Clairement, avec cette nouvelle œuvre singulière, Guillaume Gallienne frappe encore un joli coup et ce malgré les faiblesses de son scénario. Sa sincérité dans le propos, son portrait touchant, sa comédienne remarquable font que, malgré ses défauts, on trouve du plaisir à prendre devant cette œuvre parfois décousue. La réussite est en demi teinte et, c’est évident que les retours seront plus contrastés mais, quoi qu’il en soit, Maryline ne laisse pas indifférent et invite à la réflexion. Rien que pour ça, c’était nécessaire de le faire.