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Critique : Men and Chicken de Anders-Thomas Jensen

Chickenfuckers.

Affiche de Men and Chicken
Affiche de Men and Chicken

A la mort de leur père, deux hommes très différents, l’un animal, intenable en société et l’autre cultivé, professeur, apprennent qu’ils ont été adoptés. Ils décident alors d’aller rendre visite à leur famille biologique, qui s’avère pour le moins bestiale.

Men and Chicken est avant tout une comédie noire qui tire plus vers l’horrifique que vers la comédie. Si on sourit parfois, on est la plupart du temps enfermé dans une atmosphère particulièrement pesante, sur laquelle le scénario a un impact plus ou moins important. Lorsque le ridicule surgit, il se transforme en absurdité terrifiante. Et c’est peut-être parce que le réalisateur ne perd jamais de vue la partie comédie de son œuvre et assume ainsi ses idées que le plus ridicule devient inquiétant, tout en nous arrachant un petit sourire peu rassuré. Un tragi-comique étudié et réussi, dans une ambiance particulièrement poisseuse, entre décors glauques, photographique esthétiquement sale et omniprésence d’un rouleau de papier toilette.

En interprétation, on retrouve notamment le célèbre Mads Mikkelsen qui ne joue pas sur sa prestance mais se transforme au contraire en une sorte d’homme à demi-animal, comme atteint d’un gros handicap, sans qu’on ne sache au début appréhender ses émotions jusqu’à devenir, petit-à-petit, presque attachant. L’acteur nous confirme une fois de plus son indéniable talent et son travail sur chacun de ses personnages. De manière générale, les interprètes (David Dencik, Nikolaj Lie Kaas, Nicolas Bro, Søren Malling) sont tous aussi bons les uns que les autres, couverts d’un épais maquillage, dans une ambigüité constante qui lie questionnements du spectateur et crédibilité certaine, laissant entrevoir des élans de sentimentalité entre deux bagarres, relations sexuelles avec des poulets et autres réjouissances qui entraînent toujours autant le rire que le malaise.

Extrait de Men and Chicken
Extrait de Men and Chicken

Au fil des situations aussi grotesques les unes que les autres, s’installe une sorte de bienveillance de la part du réalisateur, une défense progressive de ces marginaux, pourtant toujours aussi repoussants. Le film prône une fausse naïveté, le spectateur comprend très vite, au fil des indices plutôt évidents, la véritable nature de cette famille mais sa révélation se fait désirer, avec une cruauté brute qui n’engendre que compassion pour ces pauvres créatures que sont les personnages mis en scène.

Men and Chicken est une ode rustre à la famille, la différence et à l’acceptation, au point d’amener sur sa conclusion un discours presque trop « pro-life » mais on gardera en tête sa désillusion constante et la brutalité de ses propos pour se convaincre qu’elle n’est pas si tranchée. Une réalisation intelligente qui sert chaque part du scénario et reste en tête. Reste peut-être une introduction un peu moins réussie et un poil trop longue mais on dira qu’il s’agit également du temps d’adaptation, face à l’étrangeté du synopsis.

Comédie noire presque horrifique, tragi-comique tantôt doux, tantôt amer, Men and Chicken est un film très réussi que l’on remarque pour son originalité et son bon traitement. Sorte d’anti-conte drôle, inquiétant, émouvant, il se joue habilement de notre humanité, dans tous les sens du terme. Une œuvre étrange mais universelle.