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Critique : Mute de Duncan Jones

Et si on faisait Blade Runner 2049 en mauvais film?

Dans un proche avenir, Leo est barman dans un Berlin en pleine ébullition. A cause d’un accident survenu dans son enfance, Leo perd l’usage de la parole et ne vit plus que pour sa séduisante petite-amie Naadirah. Quand elle disparaît sans laisser de trace, Leo se met à sa recherche et se retrouve dans les bas-fonds de la ville. Deux espiègles chirurgiens américains constituent les seuls indices qui le poussent à affronter ce milieu infernal afin de retrouver son amour.

Duncan Jones, réalisateur de l’excellent Moon et plus récemment de Warcraft, signe enfin son grand retour avec Mute. Film de SF ultra attendu depuis deux ans débarque enfin sur Netflix. Malheureusement, le dernier bébé de Duncan Jones s’avère être un désastre complet. Une déception à la hauteur des attentes qu’on pouvait avoir.

Le film se déroule à Berlin dans le futur au même moment que la fin de Moon. En effet, Mute s’avère être une pseudo suite du premier film du réalisateur bien que les deux soit finalement très peu liés et existe. On suit donc Leo, un jeune amish qui a eu un accident et a donc perdu sa voix. Il vit une romance avec une serveuse du nom de Nadeerah qui disparait du jour au lendemain. Il part alors à sa recherche

Mute suit deux histoires en parallèle qui bien évidemment se croise pour n’en former qu’une seule. Coup classique vu et revu. Le pire étant qu’ici cela donne des soucis de rythme évident et qu’on finit par s’ennuyer devant des décors d’un Blade Runner 2049 du pauvre. Les inspirations sont là mais elles ne restent qu’en surface tant l’univers futuriste est peu mis en avant excepté des quelques robots utilisés ici comme objets sexuelles. Peut être dans un souci budgétaire, Mute utilise bien trop souvent les mêmes décors et y revient plusieurs fois. Comme si l’histoire se déroulait que dans une seule partie de la ville et qu’il n’existait que ça dans ce monde.

Pire encore, le jeu des acteurs absolument catastrophique. Alexander Skarsgaard signe probablement son interprétation la moins intéressante dans un personnage muet qui ne possède que des scènes a rallonge et manque clairement d’un coté déterminé avec son air de chien battu. De même que Seyneb Saleh qui est un véritable désastre malgré un perso au look intéressant. On retiendra peut être la performance de Paul Rudd toujours extraordinaire même avec une moustache.

De surcroît, le film utilise le personnage de Justin Theroux pour parler d’un sujet difficile comme la pédophilie. Mais incroyablement, toutes ses scènes qui sont censés être assez noir se termine de manière improbable sur un ton joyeux et drôle. On assiste donc a une amitié entre un père de famille et un pédophile de manière tout a fait consenti. Gênant.

Mute est un film sans aucune idée originale. le faire cohabiter dans le même univers que Moon aurait pu nous satisfaire ainsi que de voir un monde futuriste d’agréable qualité mais on est très loin de la série Altered Carbon qui est beaucoup plus abouti visuellement. En plus le fait que le film se déroule dans le futur n’a absolument aucun impact sur l’histoire. On pourrait très bien être en 1900 ou en 2018, cela serait la même chose. On est bien loin du monde de Looper de Rian Johnson malgré quelques ressemblances.

A la vision de Mute, il est difficile de croire que Duncan Jones a mis plus d’une décennie a faire ce projet tant le réalisateur se perd totalement et n’a absolument rien a nous raconté ou a nous montré. Si son Warcraft était un minimum divertissant, on est très loin du beau Moon et du très efficace Source Code. Avec Mute, Netflix et un bon réalisateur signe encore un échec cinématographique. Inquiétant et triste.