Cannes 2017, Comédie, Critiques de films, Drame

Critique : Ôtez-moi d’un doute de Carine Tardieu

A la recherche de la vérité

Erwan, inébranlable démineur breton, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père. Malgré toute la tendresse qu’il éprouve pour l’homme qui l’a élevé, Erwan enquête discrètement et retrouve son géniteur : Joseph, un vieil homme des plus attachants, pour qui il se prend d’affection. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Erwan croise en chemin l’insaisissable Anna, qu’il entreprend de séduire. Mais un jour qu’il rend visite à Joseph, Erwan réalise qu’Anna n’est rien de moins que sa demi-sœur. Une bombe d’autant plus difficile à désamorcer que son père d’adoption soupçonne désormais Erwan de lui cacher quelque chose…

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en mai dernier, où il a été auréolé d’un joli succès, Ôtez-moi d’un doute, le nouveau film de Carine Tardieu débarque dans nos salles. Il faut dire que son alléchant casting aiguisé la curiosité. C’est la première fois que François Damiens et Cécile de France se retrouvent ensemble à l’affiche d’un même projet. Bien que le premier ait dernièrement délaissé les comédies pour s’attarder sur les drames, on connaît le potentiel comique des deux comédiens. Autant dire que les voir ensemble dans une comédie dramatique, c’était alléchant.

Ôtez-moi d’un doute, c’est l’histoire d’Erwan, un homme qui apprend que son père n’est pas son père biologique, qu’il va donc se mettre à rechercher. Mais, alors que ses recherches avances, il se rend compte qu’Anna, la femme qu’il commence à fréquenter, est sa demi-sœur. Et dans le même temps, Juliette, la fille d’Erwan, est enceinte et a décidé d’élever l’enfant seule.

La question de la paternité est omniprésente. D’une part, avec Erwan qui chercher qui est son père biologique et ce que cela signifie. L’un n’est « que » son père biologique tandis que l’autre est son « vrai » père, celui qui l’a élevé. D’autre part, Erwan doit jouer son rôle de père avec Juliette. Il doit la conseiller, l’épauler, essayer de prendre les meilleures décisions,… Carine Tardieu a d’ailleurs choisi de s’attarder sur la paternité uniquement. Les mères sont totalement absentes du récit, car disparues ou parties. Ce choix n’est pas mauvais en soi puisqu’il y a assez de matière avec la paternité seule. Cela permet de se centrer sur l’essentiel sans s’éparpiller.

Il y a une grande fluidité dans le récit. Tout s’enchaînent avec facilité et fonctionne très bien, en partie grâce à une galerie de personnages forts, au caractère très différent. Les relations entre les personnages constituent le corps de l’histoire et le soin apporté lors de l’écriture se sent. Tout sonne juste, que ce soient les personnages ou les répliques. Rien n’est laissé au hasard, chose que François Damiens nous a d’ailleurs confirmé en interview, que vous pouvez lire ici. Cette manière de procéder peut surprendre ou donner le sentiment d’un manque de spontanéité mais, la machine est tellement bien rodée que cela ne pose aucun problème.

Ôtez-moi d’un doute doit également une grande partie de sa réussite à son casting. Le duo Damiens/de France fonctionne à merveille. Une alchimie improbable se déroule entre leurs personnages, preuve du joli travail accompli par le duo belge. C’est également toujours un plaisir de revoir André Wilms et Guy Marchand, les deux figures paternelles d’Erwan mais aussi Alice de Lencquesaing qui, décidément, ne semble faire que de bons choix de carrière. Enfin, impossible de ne pas citer Esteban, du groupe Naive New Beaters qui, une fois encore, est à mourir de rire. C’est une certitude, on aimerait le voir plus souvent à l’écran.

Bref, Ôtez-moi d’un doute est une réussite inattendue. De base, c’est le genre de projet qui fait un peu peur mais, l’écriture raffinée de Carine Tardieu ainsi que le travail de ses acteurs font que le résultat est plus que probant. C’est une agréable surprise qui confirme le potentiel et le talent tant de Carine Tardieu que de ses comédiens.