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Critique : Patser (Gangsta) d’Adil & Bilal

La grande histoire des péchés capitaux

Anvers. Quatre amis d’enfance, fan de Scarface et petits dealers se rêvent en futurs parrains du crime organisé. Mais leur légende se transforme en cauchemar quand ils volent un chargement de cocaïne, déclenchant la guerre avec un baron de la drogue à Amsterdam et les cartels colombiens.

Il y a deux ans, le duo de réalisateurs belges formé d’Adil El Arbi et Bilal Fallah s’est fait remarquer à Toronto avec leur second long-métrage, Black, qui y a décroché le prix Discovery. A la Berlinale, quelques mois plus tard, c’est leur comédienne Matha Canga qui fut honorée en faisant partie des Shooting Stars, vitrine montrant les talents émergeants. La suite, elle se déroulera aux Etats-Unis puisque le duo est attaché au quatrième volet du Flic de Beverly Hills mais, en attendant, retour au pays (ils ont réalisé les 2 premiers épisodes de la série Snowfall aux USA) pour un film barré se basant sur les 7 péchés capitaux (pas comme Seven, no stress).

Dans l’absolu, le scénario en lui-même est on ne peut plus classique et utilise une structure maintes fois utilisée. Quatre amis d’enfances, petits malfrats, s’enlisent dans une affaire de plus grande ampleur de laquelle ils vont être complètement dépassés. Leurs actions auront des répercussions jusqu’en Colombie et, on le sait, les cartels colombiens ne rigolent pas. Cette histoire, éculée, fonctionne évidemment et parvient à avoir plus d’intérêt qu’elle n’y paraît et ce pour plusieurs raisons.

La première qui fait que le film se détache quelque peu de ceux dont il ressemble à la base, c’est le ton. Adil et Billal ont choisi d’insuffler une atmosphère complètement barrée avec des personnages hauts en couleurs. Et de la couleur, parlons-en. A la photographie, Robrecht Heyvaert, fait une fois encore un travail remarquable, après sa photographie déjà remarquée de Black. L’univers est composé de couleurs très vives dans des tons néons. Visuellement, cela crée quelque chose de fort, d’intéressant. Les yeux des spectateurs auront de quoi s’occuper car chaque plan fourmille d’idées et trouvailles.

La seconde, c’est son montage. Le film est chapitré en fonction des différents péchés, au fur et à mesure des tournures que prend l’histoire. Cette façon de monter donne un rythme particulièrement prenant. D’une certaine manière, cela ressemble, formellement, à ce qui se faisait au début des années 2000. Il y a un côté MTV pas désagréable du tout. Ce sont tous ces éléments qui font la réussite formelle du film.

Bien entendu, il ne serait rien sans son casting. La star flamande Matteo Simoni, qui avait cartonné il y a plusieurs années dans Marina, tient le rôle principal. Il joue un personnage à contre-emploi, le style « jeune de banlieue » étant on ne peut plus éloigné de lui. Ses acolytes ne sont pas en reste puisque Junes Lazaar, Saïd Boumazoughe et Nora Gharib complètent le quatuor de bien jolie manière.

Paster, s’il n’est pas le film le plus original qui soit, a le mérite de proposer un cinéma divertissant et surtout ambitieux. Avec Black, Adil et Billal montraient déjà une belle partie de leur savoir-faire, chose qu’ils confirment ici. Patser est une œuvre qui dénote complètement avec ce qui se fait généralement en Belgique, voire en France. C’est donc un plaisir de voir un tel cinéma émerger et venant de réalisateurs aussi talentueux.