Critiques de films, Drame

Critique : Plonger de Mélanie Laurent

Respire

C’est l’histoire d‘un amour total entre César et Paz. Paz, photographe espagnole, nourrit une soif de rencontres, d’expériences et de voyages, alors que César, ex-grand reporter de guerre, souhaite à l’inverse s’extraire du tumulte du monde. Paz est enceinte, cette perspective l’angoisse, l’étouffe. Elle semble s’éloigner chaque jour un peu plus de César, comme obsédée par quelque chose qui lui échappe. Jusqu’au jour où elle disparait, laissant son enfant et César sans véritable explication.

Après Les Adoptés, Respire et Demain (co-réalisé avec Cyril Dion) et avant Galveston, son premier film américain, Mélanie Laurent nous livre Plonger. Cinq films en presque 8 ans, ça fait pas mal, signe que Laurent semble désormais plus tournée vers la réalisation que le métier de comédienne ? Peut-être. Pour la seconde fois, elle adapte un roman et, une fois encore, elle aborde un sujet compliqué.

L’histoire d’amour entre César et Paz est belle mais, il y a un hic. Paz a le mal du pays ainsi que du mal à trouver sa place. Surtout le jour où elle tombe enceinte, chose qu’elle ne voulait pas. Elle l’avait dit à César quand ils se sont rencontrés d’ailleurs. Dans un pays qui n’est pas le sien, pendant une période plus difficile professionnellement et avec un bébé qu’elle ne voulait pas, c’est très difficile pour Paz. Le coup de foudre et la passion qui étaient présents durant l’été qui les a fait se rencontrer ne sont plus là. Ils se sont évaporés, la vie ayant repris ses droits. Paz va lutter, contre tout. Elle va vraiment essayer de reprendre ses marques, ses esprits. Jusqu’au jour où…

Le film est construit en deux parties. La première montre la vie de César et Paz et comment celle-ci va se détériorer, malgré les efforts pour faire en sorte que ça marche. Mais un beau jour, Paz n’en peut plus et, après la naissance de leur enfant, elle va disparaître. C’est à ce moment là que la seconde partie débute. Comment César va s’en sortir ? Gérer la vie de père célibataire, plus le boulot,… Mais un événement vient modifier les choses, ce qui fait que le film va basculer dans un autre genre. Exit le drame romantique. Ce changement de ton et de style est vraiment particulier et, à beau dire, il ne fonctionne pas vraiment. La faute à des proportions pas idéales. Ici, les deux parties sont de durée plus ou moins équivalente. Cela donne vraiment deux films très différents. Si l’une des deux avait été plus courte, pour donner une proportion de 1/3 et 2/3, cela aurait été beaucoup plus fluide et plus agréable à suivre.

C’est dommage car chacune des parties a son charme. Dans la première, c’est l’ambiance qui règne, les choix dans la photographie qui joue sur le clair-obscur, la mise en scène, le talent de Gilles Lellouche et María Valverde,… Cette dernière n’est d’ailleurs présente que dans la première partie. Tout tient majoritairement sur ses épaules. Son personnage n’est pas évident, à comprendre et à jouer donc il fallait absolument que la comédienne soit au top, ce qui est le cas. Gilles Lellouche, quant à lui, est plus mis en avant dans la seconde partie. Lellouche est d’ailleurs dans une toute autre palette de jeu lors de la seconde partie et il s’en sort très bien.

Plonger souffre principalement de sa construction narrative plutôt que de son histoire pure, de la mise en scène ou des comédiens. Tout cela est très bon, c’est juste que le film manque de rythme ou souffre d’un mauvais rythme plutôt. Dommage car le potentiel est là et, quoi qu’il en soit, Mélanie Laurent confirme son talent de réalisatrice.