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Critique : Pris Au Piège d’Alex De La Iglesia

Le dernier bar avant la fin du monde

Devant un bar madrilène, un homme se fait abattre par un sniper caché dans un immeuble en face. Les clients se retrouvent alors pris au piège de cette menace invisible mais bien réelle. Ces otages parviendront-ils à cohabiter et s’organiser pour s’en sortir vivant ?

Après une décennie sans véritable succès critique ou commercial, le génie de la comédie noire espagnole revient avec une nouvelle satire sociale disponible sur Netflix !

Dès l’ouverture du film, le réalisateur plante son décor, un bar au coeur de Madrid et ses 8 personnages principaux tous l’incarnation parfaite de leurs stéréotypes : la jeune femme qui rêve de mode, le hypster, l’ancien policier fasciste, la grand-mère réac, le SDF illuminé… Confrontés à un sniper isolé, le groupe décide de rester caché dans le bar et c’est là que commence un huit clos de près de deux heures. Comme à son habitude, De La Iglesia injecte une bonne dose d’humour noir et de burlesque chez ses personnage pour l’aspect le plus réussit du film !

Ce qui intéresse le cinéaste au-delà de l’aspect farce, c’est la dimension psychologique et sociale à savoir la paranoïa, les préjugés, la jalousie, la place de la morale, le fatalisme et l’instinct de survie qui vont habiter chacun des personnages les uns après les autres. La surprise du film c’est que l’histoire bascule dans le genre de contamination apocalyptique et permet à son auteur de flirter à nouveau avec son genre de prédilection à savoir le fantastique jusque dans une séquence d’égouts finale pour le moins mémorable !

Ancré dans une réalité contemporaine, l’efficacité du film repose sur la métaphore de la société espagnole avec ses déchirures, ses conflits générationnels, ses jeunes mouvements politiques, son passé fasciste, la place de la religion catholique tous en guerre les uns avec les autres pour le pouvoir ou par peur de disparaître…

Avec un tel cocktail on pouvait s’attendre à un final explosif et jusqu’au boutiste mais le cinéaste préfère ici un happy-end un peu simple et c’est bien le seul bémol du film.

Alex De La Iglesia revient au cinéma (ou presque) avec un film apocalyptique à l’humour noir, véritable portrait social de l’Espagne de ces dernières années, une oeuvre aussi drôle que subversive !