Critiques de films, Espionnage

Critique : Red Sparrow de Francis Lawrence

Le pont des espions

Une jeune ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée contre sa volonté par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents.
Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie. Entre manipulation et séduction, un jeu dangereux s’installe entre eux.

Jennifer Lawrence et Francis Lawrence, l’actrice et le réalisateur de la franchise Hunger Games refont équipe pour un film d’espionnage. Vendu comme un film d’action romancé et sexy, Red Sparrow s’avère très différent de sa promo. En effet, l’adaptation du roman Le moineau rouge de Jason Matthews se révèle être un thriller d’espionnage glacial et violent. Autrement dit, un sulfureux mélange entre John Le Carré et Paul Verhoeven. 

La guerre froide en 2018. Voici un peu comment situer le contexte de ce Red Sparrow. Se passant de nos jours, le film raconte une histoire d’espionnage et de rivalités entre la Russie et l’Amérique. Tourné en Russie, l’ambiance y est bien retranscrite et on se sent directement intrigué par le récit grâce à un montage redoutablement efficace. 

Red Sparrow met en scène une héroïne qui est a priori normale et qui va se retrouver dans une machination gouvernementale et apprendre à devenir une véritable machine de guerre, à la fois sexy et manipulatrice. Si le début du film peut paraître long par son introduction et sa mise en place, il est rythmé par des scènes de violence dignes d’un Cronenberg ou d’un Verhoeven.

Comme les romans de John Le Carré, il faut bien s’accrocher aux détails et aux dialogues, mais la force de Francis Lawrence est de rendre son récit cohérent. Ainsi, il ne perd jamais le spectateur attentif et nous éblouit par sa mise en scène aboutie. Le réalisateur livre ici son film de maturité. Ne vous attendez cependant pas à) de grosses séquences d’action, tant Red Sparrow vise avant tout le film d’espionnage à l’ancienne.

Avec Red Sparrow, Jennifer Lawrence trouve enfin un rôle qui lui colle parfaitement. Si l’accent russe de l’actrice ne convainc pas toujours, elle y donne tout son corps et livre l’une de ses meilleures performances. Et pour une fois que la comédienne de 27 ans jouit d’un rôle qui lui convient, on ne peut que s’en satisfaire amplement. Scènes de nu et de violence, Jennifer Lawrence est éblouissante en danseuse et espionne russe glaciale et pourtant si fragile.

Le reste du casting fait bien évidemment le travail. Joel Edgerton incarne un agent américain masculin gentil tandis que Matthias Schoenarts joue l’oncle russe de Jennifer Lawrence. Lequel possède d’ailleurs une relation malsaine avec sa nièce. Un des points forts du film notamment.

Red Sparrow est ainsi un divertissement intelligent, violent et froid. Vrai film d’espionnage et très loin des standards du film d’action de notre époque, Francis Lawrence capte l’essence même du genre et offre à Jennifer Lawrence l’un de ses meilleurs personnages et l’une de ses meilleures interprétations au cinéma.