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Critique : Revenge de Coralie Fargeat

Rape & Revenge à la française

Trois riches chefs d’entreprise quadragénaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres… Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie… Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme…

Souvent critiqué, et parfois de manière virulente, pour son ultra violence et son côté explicite voire voyeuriste, le rape and revenge se traîne une sale réputation. Pourtant, derrière ce premier rideau se cache souvent une féroce analyse de nos maux sociétaux. Wes Craven dans son légendaire Dernière maison sur la gauche faisait exploser la cellule familiale moderne, noyée dans un tourbillon de violence. L’inégal mais puissant I spit on your grave de Meir Zarchi mettait en scène une vendetta jusqu’au boutiste à travers cette scène de castration qui s’attaquait au symbole pur de la virilité. De même pour l’expérimental et puissant Thriller de Bo Arne Vibenius, où le sexe se disputait au sang dans une croisade carthartique. La Femme, le plus souvent au cœur de ces humiliations et actes brutaux, réduite à néant, entame une vengeance sans pitié à l’égard de ses bourreaux, rééquilibrant le rapport de force, voire le renversant purement et simplement dans un dernier acte salvateur. C’est donc dans la plus pure tradition du genre que débarque aujourd’hui Revenge, après un passage remarqué à Gérardmer et une sélection à Sundance.

Un pitch classique, répondant aux canons du genre. Cependant, Coralie Fargeat va y injecter une dose de modernité à travers notamment le lieu de départ qu’est la villa. High-tech et au design léché, ce choix de décor permet une critique beaucoup plus frontal, loin des rednecks d’I spit on your grave ou de La dernière maison sur la gauche. Ce sont des individus parfaitement civilisés qui vont laisser libre court à leurs plus bas instincts. Ce n’est donc plus l’homme de la campagne, celui éloigné du monde moderne, qui va céder à la tentation et à la violence, mais bien l’homme supposément raffiné (ils sont de riches hommes d’affaires) et civilisé. Un état de fait qui renvoie à des dérives actuelles.

De plus, la réalisatrice met en avant une attitude rarement affichée jusqu’ici lors de la scène du viol (dans I Spit on your grave, le plus réticent finissait par céder). Celui de témoin passif. Celui qui n’intervient pas et préfère détourner le regard. Pas aussi condamnable que le violeur, il porte tout de même sa part de responsabilité. Un point de vue retranscrit grâce à un très beau plan séquence, en lieu et place du filmage classique de l’acte lui même. Le châtiment qu’il subira sera ainsi en parfaite adéquation avec son attitude. Avoir vu sans agir.

Utilisant ensuite le désert comme métaphore d’une humanité disparue laissant libre court à ses états d’âme les plus sauvages (La colline a des yeux n’est pas loin), la séquence de la grotte, où se cache l’héroïne, apparaît dès lors comme une renaissance, une plongée au plus profond de soi-même, un renvoi à notre passé caverneux afin de puiser la rage primale nécessaire au déchainement de violence qui suivra. La survie comme seul moteur de vie, et comme seul échappatoire du genre.
Logiquement le deuxième acte fait donc place à la violence brute et vengeresse, à l’image du cinéma de Tarantino, où la mort des bourreaux se veut jouissive. Après une longue introduction retenue mais maîtrisée, la réalisatrice peut laisser exploser son talent. Les plans sont millimétrés, le scope mettant parfaitement en valeur ce désert sec et aride. La musique électronique, bien qu’aujourd’hui très utilisée, remplie son rôle en décuplant l’impact des séquences. On retiendra notamment ce dernier quart d’heure complètement fou en forme de labyrinthe infernal, presque suffocant, amenant la partie de chasse dans une logique de répétition hypnotisante.

Revenge est presque un miracle dans le paysage cinématographique français actuel. Puissant, violent, intelligent et efficace, il se place en digne héritier du rape and revenge et de son  ADN contestataire.