Critiques de films, Science-fiction

Critique : Rogue One – A Star Wars Story de Gareth Edwards

Vol de haute voltige

Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie. Ils n’avaient pas prévu de devenir des héros, mais dans une époque de plus en plus sombre, ils vont devoir dérober les plans de l’Étoile noire, l’arme de destruction ultime de l’Empire.

Après le retour de la saga Star Wars il y a un an, voici que se profile l’expansion de l’univers. Disney ayant du allonger les billets en rachetant Lucas Films, il n’était pas étonnant de les voir développer la franchise pour en tirer le maximum. C’est ainsi que sont nés les spin-off. Rogue One est le premier d’entre eux. Il n’est pas directement rattaché à l’intrigue de la série et n’est ainsi donc pas essentiel pour sa compréhension mais apporte tout de même de la fraicheur. Avant le film consacré à la jeunesse d’Han Solo, que vaut ce Rogue One ?

En confiant les commandes du film à Gareth Edwards, Disney faisait le pari de la jeunesse. Cela se voit plus globalement quand on regarde les metteurs en scène choisis pour diriger la nouvelle génération Star Wars. Ce choix était logique au vu du résultat de Monsters, son premier long-métrage, et puis de son Godzilla qui, bien que pas exempt de reproches, avait la mise en scène comme gros point fort. Godzilla n’était évidemment pas un film à petit budget mais, Star Wars, c’est tout de même autre chose. Après le tournage, la polémique concernant les reshoots a démarré. Disney n’était visiblement pas content du résultat et a donc mandaté Tony Gilroy pour prendre la relève et retourner des scènes. Quelle est la part du film qui est de Gareth Edwards et quelle est celle de Tony Gilroy ? Impossible à dire, cela ne se sent pas lors de la vision du film. Et tant mieux !

Choisir de faire un film qui fait le lien entre deux épisodes existants, c’est décider que le public saura dès le départ comment l’histoire se terminera. Il fallait donc avoir un plus particulièrement attrayant pour maintenir l’intérêt des spectateurs. Pour ce faire, il faut un scénario bien ficelé, des personnages intéressants et, pour les fans, quelques références bien senties. C’est également là que réside le danger. Il faut en faire ni trop ni trop peu. L’histoire pourrait être résumée en une ligne : les rebelles volent les plans de l’Etoile noire. Simple mais diablement efficace. Tout est une question de timing et d’enjeux. Bien que ces derniers soient déjà connus, Gareth Edwards parvient à instaurer suffisamment de rythme pour garder les sens en éveil. Et puis, ce n’est pas parce que le résultat final est connu que le film est dépourvu d’enjeux pour autant. Chaque personnage à son dessein et l’écriture les rend assez attachants pour que les spectateurs se prennent d’empathie pour eux.

Là où réside tout l’intérêt, c’est dans les personnages, les relations entre eux, la découverte de nouvelles planètes, de nouveaux personnages, l’agrandissement du bestiaire,… L’intrigue, quant à elle, se tient plutôt bien et les près de deux heures quinze passent très vite. Etonnamment, le scénario ne prend pas trop de temps sur la présentation des personnages. Cela est rapidement évacué sans pour autant perdre le spectateur en route. Et le panel de personnages est très bon. Il y a l’héroïne, Jynn Erso, qui est accompagnée par plusieurs compagnons de route, des rebelles et un robot qui n’a rien à envier à R2-D2, C3-PO ou la star de Star Wars VII, BB-8. L’Alliance est fortement représentée puisque c’est de son point de vue que se passe l’action. Cependant, l’Empire n’est pas en reste puisque son compte de méchants est tout aussi impressionnant. Le directeur Krennic en impose mais, il n’est pas le seul, un certain méchant iconique de l’Histoire du cinéma pourrait pointer le bout de son casque. Et ce ne sont pas les seules têtes connues qui sont de retour mais, pour savoir qui revient, il faudra voir le film.

L’aspect purement artistique est à la hauteur des espérances. Ce qui marque, c’est le très grand soin apporté aux détails. Dans les décors, les costumes, maquillages et autres, tout à été fait dans un souci de crédibilité. Pari réussi, le résultat est bluffant. Chaque chose compte et, il n’y a aucun doute, c’est bien un film Star Wars. Tout semble inédit et familier en même temps donnant un sentiment particulier aux fans de la saga. Ces derniers seront ravis puisque le fan service est largement satisfaisant. Tant au niveau de personnages que de répliques ou éléments visuels, chacun y trouvera son compte. Dans la technique toujours, le sound design est également marquant. Ce qui peut décevoir, c’est la musique de Michael Giacchino. C’était plutôt agréable de savoir que l’on allait échapper à l’épouvantable Alexandre Desplat mais, Giacchino est loin d’obtenir l’approbation générale. S’il revisite bien un des thèmes emblématiques de la saga, c’est plutôt pauvre pour le reste. Il n’y a pas un nouveau thème marquant et, de manière générale, il en fait un peu beaucoup. Le côté symphonique n’est pas gênant en soi mais, la star montante d’Hollywood en fait tout de même trop.

Si les effets spéciaux sont de très haut niveau dans l’ensemble, il faut tout de même noter une petite fausse note dans l’intégration de certains personnages. Sans spoiler, certains personnages emblématiques de la saga font leur retour et, afin que Rogue One s’inscrive parfaitement dans la lignée, il a fallu que certains reviennent à l’identique. Le résultat est parfois un peu bizarre mais, ça n’est pas étonnant quand on sait que certains des comédiens sont soit morts ou vieux.

Rogue One ne serait rien sans son casting. Disney a su s’entourer des meilleurs. Certains ne font pourtant pas une longue apparition mais, chacun d’entre eux est toujours dans le ton. Le rôle principal a été donné à Felicity Jones, vue à plusieurs reprises cette année dont, le plus récemment, dans Inferno de Ron Howard. Ici, elle a un rôle à la hauteur de son talent. Un premier rôle extrêmement important qui lui donne l’occasion de montrer un large panel d’émotions. Elle est épaulée par le mexicain Diego Luna, trop rare sur grand écran mais qui bénéficie enfin d’un grand second rôle. Faire la liste complète des comédiens investis dans le métrage serait trop long mais, que ça soit les plus connus d’entre eux comme Mads Mikkelsen, Forrest Whitaker ou encore Ben Mendelsohn, ou les moins connus comme Wen Jiang ou Riz Amhed, chacun fait de l’excellent travail.

Oui, Rogue One est une réussite. Il parvient à exister en tant que film Star Wars sans souffrir de la même pression. Cela est dû au fait que c’est un spin off et pas un véritable épisode de la saga. Il est plus sombre, très réaliste, très immersif. En plus d’être un bon Star Wars, c’est surtout un bon film. Il n’est pas exempt de petites facilités scénaristiques mais elles sont largement compensées par la dynamique instaurée par Gareth Edwards et tout le travail accompli par ses équipes. Ses comédiens sont très impliqués et jouent dans la bonne tonalité et, la balance entre visages connus et moins connus est suffisamment bien dosée pour rentrer parfaitement dans le film. Enfin, le fan service n’est pas trop lourd et les surprises sont assez nombreuses ce qui ravira les fans hardcore de la saga. Par ailleurs, le film est visible en Imax et, on ne peut que vous conseiller cette version. L’immersion est véritablement complète et très impressionnante. Bref, pour l’instant, la saga Star Wars du XXIème siècle, c’est plutôt très correct. Pourvu que ça dure.

Thibault van de Werve