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Critique : Santa & Cie d’Alain Chabat

Un bon devoir de Noël

Rien ne va plus à l’approche du réveillon : les 92 000 lutins chargés de fabriquer les cadeaux des enfants tombent tous malades en même temps ! C’est un coup dur pour Santa (Claus), plus connu sous le nom de Père Noël… il n’a pas le choix : il doit se rendre d’urgence sur Terre avec ses rennes pour chercher un remède. À son arrivée, il devra trouver des alliés pour l’aider à sauver la magie de Noël.

Nous avons tous en tête ces éternelles rediffusions de films de fin d’année à la télévision. Au détour d’un zapping improvisé sur son canapé, on se surprend à visionner pour la dixième fois Maman j’ai raté l’avion de Chris Colombus ou encore La course aux jouets de Brian Levant, et nous nous laissons volontiers bercer par l’aspect mièvre de ces productions.

Le film de Noël est un genre à part entière comprenant sa mythologie, ses codes et ses archétypes. Un film de Noël se doit, avant tout, de propager un sentiment de bonheur amplifié permettant la transmission de moult messages sur l’importance des rapports humains à travers le prisme de la famille unifiée autour d’un sapin enguirlandé.

A l’annonce de la prochaine création d’Alain Chabat, moult cinéphiles se frottèrent les mains dans l’attente d’une nouvelle production désopilante et joyeusement transgressive.

Avant même que d’assister à la projection de son dernier cru, l’auteur de ces lignes s’amusait à imaginer des titres provisoires au présent article tel que : « Chabat où la déstructuration humoristique », « Chabat ou la tentation du triviale » ou encore « Chabat, l’homme au mille visages de clown » … Puis Santa&Cie fut projeté, et mes titres provisoires s’envolèrent…

Il faut dire que la filmographie de Chabat est une parfaite définition de la déstructuration par la surenchère de structures… ou plutôt par la surenchère de références à des structures déjà existantes. Au fils des années, l’univers cinématographique d’Alain Chabat s’est construit de petites briques que l’on nomme volontiers « références » ou encore « clins d’œil ». Prenons pour exemple Mission Cléopâtre, une adaptation folle de la bande-dessinée Astérix et Cléopâtre foisonnante de citations à la culture pop tel Pokemon, Star Wars, Claude François, l’Homme qui valait trois milliards, le forfait mobile Itinéris… autant de références que la critique de l’époque avait cru bon de labelliser « Esprit Canal », terme qui dissimule, à mon sens, la véritable caractéristique du travail d’Alain Chabat : le syndrome de Wak.

Imaginé par Frank Lafond dans son essai l’Art du jeu, le syndrome de Wak renvoi au travail de Jo Dante, réalisateur de la saga Gremlins et de Explorers, des films qui témoignent d’un amour évident pour le septième art tant ils transpirent la cinéphilie. Chez Joe Dante, tout comme chez Alain Chabat, les références ne sont pas seulement ultra présentes, elles sont omniprésentes et imposent aux spectateurs plusieurs visionnages d’une même œuvre pour en saisir toutes les subtilités.

Santa&Cie n’est pas un mauvais film du tout. La salle s’est même laissée aller à de francs éclats de rires lors de certaines séquences « fraichement » réussies. Le métrage défile à un bon rythme, ni trop rapide ni trop lent. Les instants de crises, entrecoupés de bons mots, se succèdent. Les acteurs jouent bien. Les effets spéciaux savent se faire discret… Santa&Cie est un devoir de Noël « propre », en somme de l’anti-Chabat par Chabat lui-même.

Hors, le film souffre de la dualité entre un Chabat plus sage, plus posé et le Chabat électrique de la période de Les Nuls. Santa&Cie tangue sans cesse entre deux courants de pensée qui font du métrage une œuvre sans réelle identité, basculant tantôt dans la comédie de Noël, tantôt dans la désinvolture, parfois la parodie, cette dernière se manifestant comme un tic involontaire et gênant.

L’autre véritable souci du film réside dans la multitude de thèmes et sous-intrigues esquissés au détour d’une scène ou d’une réplique, que Chabat semble s’interdire de traiter davantage. Après une heure de diatribes sur l’importance de préserver la joie des enfants dans le monde, Santa se pose sur un banc et se découvre une réticence nouvelle à la vision desdits enfants jouant dans un parc. Dans une autre séquence, Santa se fait expliquer par des parents le principe de la monnaie et du commerce que ce dernier ignore totalement, sa culture étant basée sur le principe du don. Raconter la méconnaissance du Père Noel sur la société qu’il sert avec dévotion chaque année, telle est la promesse faite par les premières minutes… promesse vite oubliée pour le développement de Pio Marmai et Golshifteh Farahani dans l’archétype des parents dépassés par les évènements. Le personnage de Santa semble lui-même s’effacer devant le quotidien des personnages secondaires, une absence hélas qui pèse lourd sur l’intérêt porté à l’intrigue.

Santa&Cie remplit parfaitement le cahier des charges de la comédie caustique et offre aux spectateurs de vrais instants de rire telle la séquence entre Alain Chabat et un Jean-Pierre Bacri grimé en père-noël de Pigalle. Ces quelques éclats témoignent une volonté certaine d’une douce transgression que le réalisateur semble s’interdire de séquences en séquences. Il en résulte néanmoins un film intéressant qui ravira petits et grands ainsi que les nostalgiques de la belle époque Canal.