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Critique : El Presidente (La Cordillera) de Santiago Mitre

Tensions d’états

Au cours d’un sommet rassemblant l’ensemble des chefs d’état latino-américains dans un hôtel isolé de la Cordillère des Andes, Hernán Blanco, le président argentin, est rattrapé par une affaire de corruption impliquant sa fille. Alors qu’il se démène pour échapper au scandale qui menace sa carrière et sa famille, il doit aussi se battre pour des intérêts politiques et économiques à l’échelle d’un continent.

Un Certain Regard voyait le retour de Santiago Mitre, le scénariste de Pablo Trapero, mais aussi réalisateur qui en est déjà à son sixième long-métrage. Il a réuni la crème du cinéma argentin, dont plusieurs avec qui il avait déjà travaillé par le passé, pour servir un drame politique qui a lieu dans la Cordillère des Andes, en plein cœur du Chili. Cela s’appelle Le Sommet car c’est bien de ça qu’il s’agit. D’une réunion entre chefs d’état d’Amérique du Sud qui doivent mettre en place une alliance pétrolière stratégique.

Mitre, aidé au scénario par Mariano Llínas, a décidé de jouer sur deux fronts. Le premier, c’est celui qui a lieu au sommet. Ce sont les enjeux politiques dont l’issue est hyper importante pour le président Hernán Blanco, élu depuis peu. Le second front, c’est celui du scandale de corruption auquel est liée sa fille. Les deux sont déséquilibrés, l’un est plus fort que l’autre. Tout le côté sommet est passionnant et les joutes verbales et arcanes de la politique se suivent avec un plaisir non dissimulé. La partie concernant l’affaire de corruption est plus faible. Elle n’est pas inintéressante et comporte pas mal de bonnes choses mais, le montage n’aide pas à la faire passer de la meilleure des manières. Heureusement, les dialogues ont été particulièrement soignés. Quelques répliques claquent bien et toutes contribuent à rendre cette atmosphère particulière plaisante à suivre à l’écran.

La mise en scène n’impressionne guère mais Mitre fait le job. Par moment, il a quelques fulgurances ce qui fait que plusieurs scènes sont vraiment très fortes. Dommage qu’il y ait d’autres avec moins d’intensité ou, en tout cas, moins de dynamisme. C’est probablement le plus gros défaut du film. Le montage déséquilibre complètement certaines scènes ce qui donne un résultat un peu frustrant, rendant certains passages passionnants et d’autres à la limite de l’ennui.

El Presidente ne serait rien sans son casting. Ricardo Darín, l’acteur argentin le plus connu. Il nous avait émerveillé l’an dernier dans Truman mais c’est le cas dans quasiment tous ses films. Vous pourrez d’ailleurs prochainement retrouver une interview de l’acteur sur le site. Il est épaulé par Dolores Fonzi, qui incarne ici sa fille mais a déjà joué sa cousine dans Truman. A noter également la présence d’Erica Rivas ou encore la participation de Christian Slater dans une des meilleures scènes du film.

Finalement, El Presidente n’est pas aussi bon qu’espéré. Il souffre de problèmes de rythme et de montage bien qu’il y ait de remarquables fulgurances. Le casting, Ricardo Darín en tête, est en grande forme, heureusement pour Santiago Mitre. Petite déception donc mais tout n’est pas à jeter, loin de là.