Critiques de films, Fantastique

Critique : Star Wars Episode VIII – Les Derniers Jedi de Rian Johnson

Snoke on the water

Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

A propos de Star Wars, on a tout dit, tout entendu. L’attente, avec l’arrivée de plus en plus proche du huitième épisode, est montée considérablement. Forcément, quand on sent que le nouvel épisode arrive, on se refait la saga dans son entièreté ou presque, histoire d’être bien plongé dans l’univers galactique.

L’épisode VII, Le Réveil de la Force, avait posé les jalons de cette nouvelle trilogie mais sans poser de contexte bien clair, sans beaucoup d’explications. Quid du contexte politique ? De l’arrivée du Premier Ordre, la renaissance de la rébellion, de la République ? Tout cela avait été évacué très rapidement, d’autant plus que la République elle-même fut exterminée par le Premier Ordre via sa base Starkiller. On nous présentait les nouveaux personnages dont les méchants, à savoir, d’une part, Kylo Ren, fils de Leia Organa et Han Solo qui a basculé du côté obscur de la force à cause, d’autre part, du Leader Suprême Snoke. Qui est-il ? D’où vient-il ? Comment est-ce que le fils d’Han Solo et Leia Organa, les héros par excellence de la résistance a-t-il basculé vers le côté obscur ? Qui sont ses acolytes les Chevaliers de Ren ? Où sont-ils ? Qui est Rey, la nouvelle héroïne ? D’où vient-elle ? Comment se fait-il qu’elle a une telle maîtrise de la Force ? Bref, ce septième opus faisait un postulat en posant de nombreuses questions et, malheureusement, peu d’entre elles trouvent des réponses dans ce huitième volet. Autant dire que le neuvième, et dernier, volet de cette nouvelle trilogie sera chargé.

Depuis l’épisode VII, dans lequel on avait quitté Rey qui venait de retrouver Luke Skywalker, peu de temps s’est passé. L’épisode VIII démarre quasiment là où le VII s’est achevé. Cela pose un premier problème. Dans la saga, il y a toujours eu de longues ellipses entre les différents films. C’est une des raisons qui font que chaque film avait assez de consistance pour exister. Avec ces ellipses, les textes défilants d’avant film posaient un nouveau contexte et expliquaient ce qui s’était passé pendant le laps de temps qui sépare les films. S’il n’y a pas ce laps de temps, c’est plus laborieux. Ici, le texte défilant du début du film prend trois paragraphes pour expliquer que la rébellion doit fuir sa base car pourchassée par le Premier Ordre. Voilà. Trois paragraphes pour résumer une phrase et un postulat simple. Un peu trop simple vu que, des changements de bases, la rébellion en a déjà connu plusieurs durant la saga. Ce n’est pas quelque chose de neuf. Cela dit, il faut bien reconnaître que la rébellion n’a jamais été autant aux abois, ce qui est surprenant quand on se rappelle de la fin de l’épisode VII. En effet, la rébellion venait de détruire la base Starkiller, plus grosse base jamais construite par l’Empire/Premier Ordre et, très peu de temps après, le Premier Ordre se retrouve avec des forces armées énormes, au point de quasiment détruire la rébellion à son tour.

Pendant que la rébellion tente de fuir le Premier Ordre, et de proposer pour l’occasion l’une ou l’autre scène de combats plutôt sympathique, Rey est afférée de son côté avec Luke. L’apprentissage tant attendu à lieu. Bien que réticent, Luke va agir envers Rey comme Yoda l’avait fait avant lui. Forcément, le parallèle avec L’Empire contre-attaque est inévitable mais, soyez rassurés, ce n’est pas un remake et ce malgré qu’il y ait d’inévitables similitudes. En ait, l’épisode VIII rassemble des éléments tant de l’épisode V que du VI, ce qui en fait un film un peu plus particulier et singulier. Cet arc narratif entre Rey et Luke est certainement l’un des mieux développés et plus intéressants du film. Rey apprend, grâce à Luke mais aussi par elle-même tandis que Luke a abandonné tout contact avec la Force et est donc en conflit intérieur. A travers cet arc, Rian Johnson creuse plus la doctrine Jedi jusqu’à arriver un traitement complet du personnage de Luke. Il passe par diverses étapes qui font écho à des choses déjà évoquées dans les six premiers épisodes.

Rey, en plus de son arc commun à Luke en a aussi un avec Kylo Ren. Cet arc est certainement l’un des meilleurs également. Les deux, liés par la Force, entrent régulièrement en contact. C’est une façon pour Rian Johnson de parler de la Force et de ses subtilités ainsi que d’aborder l’ambivalence de Kylo Ren, son amour pour le côté obscur ainsi que son attrait pour la lumière. Cela lui permet également de traiter de cet amour pour le côté obscur, de comment il est venu. Ses origines sont découvertes ce qui est satisfaisant pour le spectateur. Enfin, quelques bouts de réponses à des questions ! Malheureusement, si elle parvient à exister grâce à Kylo Ren et à Luke Skywalker, on sent que Rey a du mal à exister seule. Elle est souvent esseulée dans le film mais, alors qu’elle a le potentiel, elle ne parvient pas souvent à avoir de l’ampleur. Elle ne manque pas de consistance pour autant mais, il y a un manque de quelque chose, c’est évident.

Dans l’épisode VIII, on constate également que la plupart des nouveaux personnages ne sont pas très développés et/ou ont plusieurs problèmes d’écriture. Poe Dameron est probablement un de ceux qui s’en sortent le mieux. Il a un caractère assez schématique. Tête brûlée, il prend des décisions seul, rappelant ainsi Han Solo. Il gagne en épaisseur lors d’une scène dans laquelle il prend une mauvaise décision tandis qu’un personnage face auquel il s’oppose en prend une bonne. Le pire est probablement Finn. Son duo avec Rey était l’une des réussites du Réveil de la Force mais, ici, il est inutile au possible. Après son réveil (parce que oui il se réveille), on lui a collé un nouvel acolyte, une mécanicienne de la rébellion. Leur duo est bancal et ne parvient jamais à remporter l’adhésion. Le problème vient du fait que la plupart des choses qu’ils font n’ont que peu voire pas d’intérêt. Au moment où il aurait pu avoir une vraie scène digne d’intérêt, avec un peu d’ampleur, d’épique, le scénario vient bouleverser cela pour tomber dans la facilité et les invraisemblances.

La nouvelle acolyte de Finn, Rose, n’est pourtant pas si inintéressante que ça mais ce n’est quand même pas une grande réussite. Dans l’ordre des développements de personnages manqués, on peut citer Leia Organa, le leader suprême Snoke ou encore le capitaine Phasma, encore insignifiant au possible. Grosse absence notable, celle des Chevaliers de Ren. Ce groupe, assez alléchant, n’est, une fois encore, pax exploité du tout. C’est à peine s’ils sont mentionnés. En espérant que cette erreur sera réparée par la suite. Par contre, dans les nouveaux qui sont plutôt bien, on peut parler de DJ, un mercenaire interprété par Benicio Del Toro. Il a peu de scènes mais son discours apporte un regard peu vu dans la saga.

Si tout n’est pas rose (haha) concernant les personnages, tout n’est pas mauvais pour autant. D’une manière générale, Rian Johnson est parvenu à insuffler un esprit judicieux, celui de la transition, du passage de bâton entre l’ancienne et la nouvelle génération mais aussi entre les vieux et les nouveaux films. En ce qui concerne le fond même de cette pensée, cela se fait au travers de plusieurs personnages, Luke et Leia en tête mais aussi à travers Snoke. Bien que ce soit un personnage nouveau, sa façon d’être, ses caractéristiques, son physique en font le digne héritier de l’Empereur et donc d’une ancienne façon de faire. Forcément, le relais se fait à Rey et Kylo Ren qui sont les héros ultimes de cette nouvelle génération. A travers leurs actions, plusieurs personnages montrent la nécessité de faire table rase du passé et ce, tant du côté de la lumière que du côté obscur. Mais, comme dit en début de paragraphe, cette transition existe aussi entre les films eux-mêmes. J.J. Abrams a réalisé un épisode encore plus de transition puisqu’il était chargé de ramener vers la saga les fans de la première heure déçus par la prélogie. Johnson fait de même et, à deux, ils ont insufflé un nouveau style.

Dès la première scène, le ton est donné. Rian Johnson a décidé de rompre avec l’humour de la trilogie originelle et de poursuivre ce qui a été initié par J.J. Abrams. En effet, déjà dans l’épisode VII, Abrams avait insufflé un humour qui dénotait avec le reste de la saga. Sans doute un peu plus lourd, il plaira ou non mais, il a convaincu Rian Johnson qui a poursuivi dans cette voie. Dans l’ensemble, les choix de Rian Johnson à la mise en scène sont assez bons. On ne peut pas dire qu’il y ait apposé sa patte mais, lors de certains moments, il parvient à se distinguer et à proposer quelque chose de dynamique, avec de la recherche au niveau des plans. Par contre, on trouve quelques soucis de montage avec des transitions un peu bancales. Il faut tout de même lui reconnaître une chose, c’est que son film est bien plus ambitieux que ne l’était celui d’Abrams. Certes son scénario est plus mince et fragile mais, les directions dans lesquelles il essaie d’aller sont bien plus intéressantes. Le souci, c’est qu’il les exploite parfois très bizarrement, au point de ses fermer des portes. Mais attention, peut-être que la surprise viendra avec l’épisode IX.

Autre point noir, ce sont les nouvelles planètes et bestiaires. Concernant les nouveaux lieux, cela va encore pour la plupart. Il y a une planète de sel qui donne quelque chose de très esthétique. Il y en a une autre appelée Canto Bight qui est un mix entre Las Vegas et Monaco. C’est une ville de riches, là où les personnes aisées viennent dépenser leur argent gagné en vendant des armes, tant au Premier Ordre qu’aux rebelles. Cette ville est bien trop « humaine ». Elle dénote trop par rapport à l’univers Star Wars ce qui est vraiment dommage. Par ailleurs, elle est le lieu d’une scène de poursuite qui dégouline d’effets numériques. Concernant le bestiaire, le drame des porgs n’a pas lieu. Ces petites créatures ressemblant à des cochons d’Inde ne sont pas les pires du film. On les voit finalement assez peu et leur présence n’est pas réellement dérangeante. Par contre, dans l’ensemble, on voit plusieurs créatures nouvelles qui n’ont guère d’intérêt. Il y a les renards de cristal qui, bien qu’ils soient beaux, ne servent à rien, des chevaux/dromadaires tout aussi inutiles et bien d’autres. C’est trop et pas nécessaire.

Cela permet de dire qu’un de point de vue esthétique pour certaines planètes et le bestiaire, c’est très loin d’être satisfaisant. Il y a un trop-plein numérique qui dénote complètement avec le côté practicals retrouvé par J.J. Abrams dans l’épisode VII. Abrams avait voulu créer un maximum de choses en vrai, ce qui donnait un réalisme assez surprenant. Quasiment toutes les créatures du Réveil de la Force étaient réellement présentes sur le plateau. Ici, on a l’impression de voir une Attaque des clones bis tant numériquement c’est parfois compliqué.

Cependant, on trouve de nombreuses sources de satisfaction, notamment en ce qui concerne l’action. Elle est bien présente dans le film, en nombre. Heureusement, c’est quelque chose que Johnson sait bien filmer. Il y a quelques scènes de combats dans l’espace qui sont amusantes et bien prenantes. Mais la meilleure scène d’action est un combat impliquant Snoke, Kylo Ren, Rey et la garde prétorienne qui restera dans les annales. Il tient toutes ses promesses et a un degré d’épique élevé. Il ne fait nul doute qu’on en reparlera encore dans plusieurs années.

L’univers Star Wars ne serait évidemment rien sans sa musique. John Williams rempile à la baguette. Une fois encore, il fait un travail divin, sublimant les thèmes existants déjà comme celui de Rey ou de la Force mais reprenant aussi certains thèmes qu’on ne pensait plus entendre. Autant dire que les frissons sont présents en nombre ! Cette musique, ancrée dans la culture populaire prend encore une nouvelle ampleur, en envol rafraichissant qui montre que John Williams n’en a pas encore terminé avec cette saga et ce pour le plus grand bonheur des fans.

Quid de la suite ? Vu le traitement accordé à différents personnages et différentes intrigues, on se retrouve avec plus de questions que de réponses. Et certaines réponses obtenues dans Les derniers Jedi ne sont pas nécessairement convaincantes. Cela pose la question de savoir comment le neuvième et dernier volet de cette nouvelle trilogie va se terminer et pouvoir aborder tous les points laissés en suspend. Peut-être que des éléments qui ne sont pas satisfaisants pour le moment seront résolus dans le prochain épisode. En tout cas, on l’espère. La tâche ne sera pas aisée pour J.J. Abrams qui reprend le flambeau après l’éviction de Colin Trevorrow. Il aura beaucoup à faire avec un temps limité.

C’est paradoxal mais, il est possible d’aimer le film tout en lui trouvant énormément de défauts. Légèreté de l’intrigue, arcs narratifs galvaudés, personnages peu développés voire peu intéressants pour certains, nouveautés niveau planètes et bestiaire assez décevant ou encore surplus numérique, les critiques ne manquent pas. Pourtant, beaucoup de choses sont très satisfaisantes, notamment certains traitements de personnages qui vont en profondeur. Pour ne rien gâcher, le film est loin d’être avare en scènes d’action. Les Derniers Jedi est encore un film de transition et ne répond malheureusement pas à beaucoup de questions mais en pose beaucoup plus. La mise en scène est convaincante et dynamique, étant ainsi l’un des points forts du film. Il faut dire que Rian Johnson a voulu faire une œuvre ambitieuse, plus que ne l’était le Réveil de la Force. En tout cas, J.J. Abrams aura fort à faire pour palier à tous les manquements et trous laissés avec Les Derniers Jedi ce qui, d’une façon, augmente considérablement les attentes pour cet épisode final.