BIFFF 2013, Critiques de films, Drame, Romance, Thriller

Critique : Stoker, de Park Chan-wook

Pour son premier long-métrage sur le sol américain, Park Chan-wook sublime d’une ambiance glaciale et sensuelle Stoker, un bel objet plastique.

 

Affiche du film Stoker, de Park Chan-wook
Affiche du film Stoker, de Park Chan-wook

 

Après la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, voit un oncle dont elle ignorait l’existence, venir s’installer avec elle et sa mère. Rapidement, la jeune fille se met à soupçonner l’homme d’avoir d’autres motivations que celle de les aider. La méfiance s’installe, mais l’attirance aussi…

 

 

 

Otez-moi l’ombre d’un doute, jamais Park Chan-wook ne serait tombé dans le piège du plagiat sous couvert d’hommage magnifié par les outils d’un créateur asiatique qui détone dans le cinéma de genre ? Charlie, l’oncle Charlie, ce déroutant ersatz hitchockien qui justement rappelle étrangement celui que le maître du suspense filmait dans L’ombre d’un doute, un thriller de 1943 qui suivait une adolescente bousculée dans son quotidien par l’arrivée d’un oncle mystérieux portant le même nom de famille que sa mère. Charlie, c’est pour Park Chan-wook la déconstruction du mythe américain, la sagesse incarnée d’un homme séduisant – interprété par un magnétique Matthew Goode aux yeux de carlins – et les sacrosaintes fondations familiales mises à mal. Pour l’illustrer, Park Chan-wook servira dans un crescendo enivrant une histoire de vengeance masquant l’innocence d’une enfance brisée, cassera à l’aide d’un scénario concocté par Wentworth Miller (le type de Prison Break) un à un les mystères d’une famille troublante.

 

Extrait du film Stoker (2013)
Extrait du film Stoker (2013)

 

Profondément plastique – la scène d’introduction qui répond à l’ultime séquence – Stoker est surtout un film déstabilisant tant il y a chez Park Chan-wook la volonté de déranger de toutes les manières qui soient. Le meurtre, l’abandon, le mensonge et même l’inceste… Tout autant de matières qui peuvent amener à l’abject que le cinéaste auteur du triptyque sur le vengeance Old Boy / Sympathy for Mister Vengeance / Lady Vengeance vénère tant. Quoi de mieux pour l’incarner qu’une scène culte, sorte de climax qui en rappelle d’autres dans l’histoire du cinéma, dont on ne peut s’empêcher de décrypter. En jeu parallèle, toujours armé du crescendo, le réalisateur filme dans un cadre étriqué la jeune India (Mia Wasikowska, superbe) en train de se masturber sous une douche, passant de la douleur à l’orgasme, pendant que son autre caméra image la pensée d’India, un meurtre sauvage concocté par ce fameux oncle Charlie. Cette provocation, qui aligne goût morbide à acte sexuel non dénué de sentiments incestueux, Park Chan-wook la manipule toujours fort bien. Son Stoker est une peinture bourgeoise, gâchée par le sang et les secrets, où le metteur en scène se montre capable de magnifier une scène de repas quasi biblique comme de sublimer une mère érotomane poseuse que l’on croit érigée en sex-symbol vertueux (Nicole Kidman) dont la conscience a accumulé les pires secrets et désirs. Comme Charlie, le réalisateur sud-coréen bouscule le train-train quotidien, déterre les vérités, surprend parfois, aimante toujours. A la réflexion, Stoker est pourtant prévisible tant les ficelles sont grosses, ou encore souffre d’une longue mise en place. Mais il y a cette matière physique, ce jeu machiavélique et surtout hitchcockien, orchestré par un malade (sorte de réincarnation de Norman Bates), qui nous attire, irrémédiablement.