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Critique : The Age of Shadows de Kim Jee-Woon

Quand Kim Jee-Woon se prend pour Martin Scorsese et Steven Spielberg.

Alors que la Corée est occupée par le Japon, en 1919, une organisation indépendantiste anti-japonaise connue sous le non de « Corps Héroïque » se crée.
Ce groupe de militants anarchistes luttent contre la police japonaise. Pour tenter d’obtenir l’indépendance de leur pays, ils sont prêts à tout, y compris à utiliser les moyens les plus violents et radicaux !
Quelques années plus tard, fin des années 1920, Lee Jung-Chool, un officier japonais d’origine coréenne ayant jadis fait partie de cette organisation indépendantiste, il se retrouve confronté au chef du groupe de résistants, Kim Woo-Jim, ainsi qu’à un dilemme insurmontable : obéir à ses supérieurs japonais ou se joindre à Woo-Jim pour soutenir une cause qui a autrefois énormément compté pour lui.

Après un semi-échec aux Etats-Unis avec le sous-estimé Le dernier rempart, film où Kim Jee-Woon souhaitait s’amuser avec son idole Arnold Schwarzenegger, voici donc le réalisateur de J’ai rencontré le diable et du Bon, La brute et le cinglé revenir en Corée pour un film ambitieux, complexe mais d’une beauté incroyable. Kim Jee-Woon nous offre du grand cinéma, même s’il s’agit de son film le moins fou mais pourtant important en terme de qualité cinématographique.

Dès la première scène, Kim Jee-Woon nous en met plein la vue. Mise en scène d’une course poursuite entre la police et un homme sur les toits, le réalisateur coréen nous montre tout son talent et nous accroche instantanément.  La scène sert aussi à mettre en avant le personnage de Song Kang-Ho ; l’acteur incarne un policier coréen chargé d »arrêter les résistants à l’occupation japonaise. Tiraillé entre son devoir et ses convictions, Kim Jee-Woon va nous plonger dans une affaire d’espionnage où on va avoir du mal à croire aux actions du personnage à la manière d’un Martin Scorsese ; il va nous faire douter jusqu’à la conclusion finale.

L’inspiration de Martin Scorsese n’est pas anodine ici, Kim Jee-Woon livre une oeuvre importante et dense, digne des films comme Les Affranchis et Les Infiltrés. Cependant,  il alterne aussi les genres cinématographiques, mais en restant toujours sérieux, même au détour d’une scène comique où trois personnages se retrouvent à boire et où chacun ment à l’autre pour ne pas se faire repérer. Scène dans laquelle Byung Hun-Lee fait une apparition.

The Age of Shadows est aussi marquant pour ses scènes de suspens, et il faut avouer que Kim Jee-Woon envoie la sauce, notamment au détour d’une longue scène de train qui prend un quart du récit. Suspens et tension sont au rendez-vous et la conclusion digne des plus grands moments de cinéma nous laisse pantois. La maîtrise est telle qu’on en redemande immédiatement, et on est servi dès l’arrivée du train avec une scène à la gare absolument titanesque ! D’une tension implacable, on est littéralement bluffés par la dramaturgie et la puissance émotionnelle de cette séquence.

Niveau casting, le face-à-face entre Song Kang-Ho et Gong Yoo (Dernier train pour Busan) tient toute ses promesses. Ce dernier est absolument remarquable dans un rôle tout en finesse avec des choix difficiles qui emmène le film toujours plus loin dans la tragédie. Au-delà de son excellent casting, le film aurait pu nous ennuyer et nous perdre par son côté bavard, mais grâce à une narration excellente et différents twist plutôt bien amenés, on suit l’histoire d’une traite pendant 2h20 et on se prend au jeu d’espionnage ainsi que d’affection pour les personnages.

Avec The Age of Shadows, Kim Jee-Woon livre une oeuvre puissante. Classique instantané du cinéma coréen où l’on se prend au jeu de faux-semblants, le réalisateur surprend  avec un film possédant moins de folie qu’a l’accoutumée mais tout aussi efficace. The Age of Shadows est un film d’une grande ampleur avec une intensité rarement atteinte pour un film de ce genre. Sublime.

Ilan Arfi