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Critique : The Assassin d’Hou Hsiao-Hsien

Prix de la mise en scène à Cannes pour le réalisateur taiwanais.

Affiche de The Assassin de Hou Hsiao-Hsien (2015)
Affiche de The Assassin d’Hou Hsiao-Hsien (2016)

Nous l’avions raté à Cannes mais l’avons rattrapé dès la semaine qui suit à Bruxelles. Le dernier lauréat du prix de la mise en scène à Cannes venait présenter son nouveau film en avant-première à Bruxelles, en inauguration d’une rétrospective qui lui est consacré ainsi qu’au cinéma taiwanais. Près de 8 ans après sont dernier film, le Ballon Rouge avec Juliette Binoche, Hou Hsiao Hsien revient dans un genre qui lui est très habituel, le wu xia pian ou film de sabre en français, une véritable institution en Chine et dont un des représentants est Zhang Yimou. Autant dire que le bonhomme était attendu au tournant.

Pour ce baptême de feu, Hsiao-Hsien a choisi de raconter une histoire se déroulant pendant la dynastie Tang (et datant probablement de cette période également). C’est une héroïne qui mène la danse, comme bien souvent dans les films du genre. Nie Yinniang retourne dans sa famille après des années d’absence. Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’elle est devenue une véritable arme à tuer. Cette dernière va être d’assassiner plusieurs personnes pour rétablir un équilibre. Et parmi ces personnes, il y a son cousin ce qui va lui compliquer la tâche. Il y a une multitude de personnages et c’est là que réside le problème principal. Certains ne sont pas du tout assez exploités et cela rend le film très décousu. Difficile de se sentir concerné ou attiré par le récit qui nous perde un peu par moments. C’est d’autant plus dommage que ce personnage féminin est très fort, presque emblématique.

Au début, c’est compliqué de rentrer dans le film. Il surprend par sa lenteur qui dénote par rapport aux standards et grands classiques modernes du genre. Il est même souvent poseur. Mais il s’agit tout de même d’Hou Hsiao-Hsien. Sa mise en scène est brillante et son prix cannois n’est pas usurpé. Certaines séquences sont absolument magistrales. Il y a notamment une scène de draps filmée à la lumière de bougies qui est fabuleuse et qui témoigne parfaitement du style du réalisateur. Elle est particulièrement représentative de son cinéma et montre parfaitement le réalisme qui est voulu, notamment grâce au travail sur la lumière. Le directeur de la photographie, Mark Lee Ping-Bin, a fait un travail remarquable et remarqué. L’esthétique de l’œuvre évoque presque le travail d’un peintre. Une mise en scène à l’opposé du style de Zhang Yimou ou de Tsui Hark (auquel nous consacrons actuellement une rétrospective) qui sont beaucoup plus dans la débauche de moyens et de plans.

Extrait de The Assassin de Hou Hsiao-Hsien (2015)
Extrait de The Assassin d’Hou Hsiao-Hsien (2016)

En plus, le casting réalise un travail dans la même vague que celui d’Hou Hsiao-Hsien à la mise en scène. Shu Qi, dans le rôle de Nie Yinniang, rappelle la grâce de Zhang Ziyi avec sans doute moins de fougue. Elle transcende littéralement le métrage. Son partenaire, Chen Chang est lui aussi très bon. Tous deux jouent avec de la retenue, à l’image d’un film qui se démarque des autres films du genre.

C’est donc vraiment dommage de voir qu’Hou Hsiao-Hsien s’est perdu au niveau de l’histoire et de la construction narrative parce que, si cela avait été à la hauteur, cela aurait donné un film mémorable qui serait probablement devenu un classique, un film qui aurait fait date dans l’histoire du cinéma et particulièrement dans l’histoire des Wu Xia Pian.