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Critique : The Florida Project de Sean Baker

Une vie en été

Moonee a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent  pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien…

L’an dernier, American Honey emportait les festivaliers dans les bas-fonds américains, à la rencontre d’une classe défavorisée qui subsiste à ses besoins en vendant des abonnements à des magazines. Aujourd’hui, c’est Sean Baker, à qui l’on doit Tangerine, le film tourné à l’iPhone, qui se préoccupe d’une autre catégorie de personnes pauvres. Celle qui est obligée de vivre dans des motels. Tous les mois, comme les résidences sont interdites, ils doivent passer une nuit dans un autre établissement.

The Florida Project brosse un portrait d’une famille composée d’une jeune mère et sa fille de 6 ans. L’été, Moonee, la fille, court partout, elle traîne avec ses amis, fais des bêtises,… Halley, sa mère s’en fiche. Elle la réprimande vaguement à l’occasion mais, elle laisse énormément de liberté à Moonee. Forcément, les manquements à son éducation se révèlent. Cela va même poser des problèmes avec sa voisine et amie qui est dans la même galère. Halley ne gagne quasiment pas d’argent, tous les moyens sont bons pour en obtenir. Tous. La paupérisation du peuple est un sujet d’importance et Baker en parle avec beaucoup de justesse, mettant en lumière les laissés pour compte. Le constat est d’autant plus frappant que l’histoire se déroule dans la banlieue d’Orlando, à deux pas de Disneyland. Le contraste est éloquent.

Sean Baker parle de ces petites gens avec un regard bienveillant sans jamais les juger ni être moralisateur. C’était déjà le cas dans Tangerine et c’est tout aussi visible ici, Baker aime les couleurs. Il y a énormément de couleurs, des jaunes, des pourpres. Il y a un sens de l’esthétique très précis qui donne énormément de cachet et Baker montre qu’il maîtrise l’art de la saturation. Rien n’est laissé au hasard. C’est aussi un metteur en scène qui aime jouer avec l’espace. Il dispose d’un super décor, celui du motel et ses environs. Il l’explore et le scrute sous tous les angles possibles. Il en est de même pour ses personnages qu’il filme caméra à l’épaule en contre-plongée ou à hauteur d’homme lorsqu’il s’agit des enfants.

D’ailleurs, ces enfants sont tout simplement formidables. La petite Moonee est incarnée par Brooklynn Prince, une demoiselle avec beaucoup de caractère. C’est une débutante, comme à peu près tous les autres rôles principaux. Jancey, la comparse de Moonnee est incarnée par Valeria Cotto, une autre débutante. Pareil pour Bria Vinaite, qui interprète Halley, une débutante qu’il va falloir surveiller. Le film compte également au casting Caleb Landry Jones et un habitué du cinéma d’auteur (les films de Jérémie Saulnier Blue Ruin et Green Room notamment), Macon Blair. La tête d’affiche, qui est un second rôle en fait, est le toujours aussi excellent et touchant Willem Dafoe dans le rôle du gérant du motel qui tente de maintenant le navire à flot, de faire plaisir à ses locataires mais doit aussi gérer tous les imprévus, qui sont fort nombreux.

Avec The Florida Project, Sean Baker confirme les espoirs placés en lui depuis Tangerine. Il a réussi à mettre en avant un sujet peu médiatisé tout en lui donnant beaucoup d’humanité. Il confirme aussi son talent en direction d’acteurs vu les prestations de ces derniers, des débutants pour beaucoup d’entre eux. La surprise fut bonne et donne très envie de voir la suite de la carrière du monsieur.