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Critique : The Lady, de Luc Besson

Après avoir signé l’un des plus grands succès français en termes d’animation, Luc Besson revient avec The Lady, une fresque historique et biopic d’Aung San Suu Kyi. Une vision iconographique, tour-à-tour émouvante et décevante.

Affiche du film The Lady, de Luc Besson
Affiche du film The Lady, de Luc Besson

« The Lady » est une histoire d’amour hors du commun, celle d’un homme, Michael Aris, et surtout d’une femme d’exception, Aung San Suu Kyi, qui sacrifiera son bonheur personnel pour celui de son peuple. Rien pourtant ne fera vaciller l’amour infini qui lie ces deux êtres, pas même la séparation, l’absence, l’isolement et l’inhumanité d’une junte politique toujours en place en Birmanie. « The Lady » est aussi l’histoire d’une femme devenue l’un des symboles contemporains de la lutte pour la démocratie.

Barack Obama a dit d’Aung San Suu Kyi : “Elle fait partie de mes héros et elle est pour moi une source d’inspiration”. On aurait clairement aimé que Luc Besson nous montre cette inspirante Aung San Suu Kyi, plutôt qu’une version idéalisée, larmoyante et plutôt réductrice. Après avoir vu The Lady, je pencherais plutôt pour le choix d’une version mythologique, d’où l’expression iconographique et le mythe qui ressort du combat de cette femme. Revenons à la genèse de The Lady. L’idée de base vient de Michelle Yeoh (Mémoires d’un Geisha, Demain ne meurt jamais) qui est venu demander de l’aide à Luc Besson, en lui proposant au passage la réalisation du film, ce à quoi Besson a répondu qu’il n’était pas disponible. Mais après avoir lu le script passionné de l’actrice, il a fait marche-arrière pour faire démarrer l’aventure. Sauf que le script ne plaisait à ce roi du spectacle sur grand écran, un génie de la grosse production made in France. Même si ce pré-scénario est aussi passionné que bien informé, même s’il est historiquement fondé, sensible et prenant. Mais Besson assume, et il vaut mieux pour lui. Il affirme avoir « retravaillé pendant plusieurs mois » le script, afin de lui « donner un côté plus ample et ‘cinématographique ‘ ». Fatale erreur ! Il en avait fait les frais pourtant lors de réécriture du mythe Jeanne d’Arc il y a douze ans de cela. S’attaquer à l’Histoire, si dure ou belle soit-elle, est loin d’être une chose facile. La fâcheuse tendance du cinéma contemporain est de rendre plus facile à voir pour le public (comme si ce dernier était trop idiot pour comprendre la réalité) et de l’esthétiser.

Extrait du film The Lady (2011)
Extrait du film The Lady (2011)

Pourtant Luc Besson a bien eu raison de s’engager dans ce projet, que ce soit une question de stratégie (travailler sa reconnaissance) ou une volonté réellement idéologique. Si sa vision du conflit birman est assez réductrice, son film soulève tout un questionnement sur un sujet complexe qu’on connaît très mal, parce que finalement très peu mis en avant dans les médias. Le film le montre relativement bien : Aung San Suu Kyi a beau avoir eu le Nobel de la Paix en 1991, la situation n’a pas franchement évolué. The Lady sort d’ailleurs dans un contexte tout particulier, puisque le peuple birman pourrait avoir lui aussi son « printemps » dans les semaines ou mois à venir, et ainsi se rebeller d’une manière plus officielle et médiatisée, contre la junte birmane. La fameuse citation « Usez de votre liberté pour promouvoir la nôtre » sonnerait d’une façon encore plus véritable. Cela dit, si The Lady soulève le problème, il est loin d’en faire son point central. Luc Besson et la scénariste Rebecca Freyn ont préféré faire du combat familial la principale force du film. A l’image de la remise du Nobel – image forte du film – le spectateur n’est pas ému par l’obtention de ce prestigieux et symbolique prix, mais plutôt par la force émotionnelle qui se dégage de Michael Aris (un superbe David Thewlis) et de ses deux enfants. The Lady accuse un certain laxisme sur le contexte, et reste assez soft sur la réalité endurée par le peuple birman. Il est même physiquement réducteur dans sa violence, lorsque par exemple la caméra nous montre comment des soldats de la junte s’amusaient à torturer des jeunes étudiants birmans  – en les faisant avancer en se tenant la main et par malheur l’un d’eux marchait sur une mine –  et que l’un des voisins se retrouvent avec un bras dans la main, tout caoutchouteux. Ceci n’est qu’un détail, mais il rejoint une assez longue liste qui visuellement est fort déplaisante à regarder. La juste vérité d’un documentaire (mais on manque d’images) aurait sûrement offert une autre vision du conflit. Mais le choix du grand public a été fait, et The Lady touchera sûrement à coups d’effets lacrymaux obligatoirement efficaces.

Indéniablement, le sujet de The Lady touche par son émotion, son histoire, ses acteurs, son esthétisme visuel. Mais il reste avec du recul un film inachevé, grand public, réducteur dans sa façon de voir l’Histoire et profondément détourné.