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Critique : The Promise de Terry George

Une aventure romantique et épique… sur fond de génocide.

1915, dans les derniers jours de l’Empire ottoman. Un journaliste américain et un étudiant en médecine se disputent les faveurs d’une jeune femme.

Deux talentueux et célèbres acteurs. Une aventure épique à travers l’Empire ottoman, en pleine guerre mondiale. Une romance semée d’embûches.

Et un génocide.

Voilà les quelques éléments réunis dans le dernier film de Terry George, The Promise, une tentative maladroite mais pétrie de bonnes intentions de rendre hommage aux victimes d’un des plus effroyables massacres de l’Histoire de l’humanité, celui du peuple arménien par le gouvernement turc.

De prime abord, le film ne se présente pas ainsi. The Promise a dans ses premières scènes tout de la grande fresque historique exotique et sentimentale, destinée à faire chavirer les cœurs et à nous emporter dans son souffle épique. Nous suivons les traces de Mikael (Oscar Isaac), un jeune Arménien étudiant en médecine qui quitte son village natale pour la luxuriante ville de Constantinople. Aussi émerveillé est-il par cette ville, il n’a que d’yeux pour Ana (Charlotte LeBon), une professeure de dance qui vient comme lui d’un petit village arménien. Leur attirance l’un pour l’autre est aussi forte que les embûches qui empêchent leur amour de se concrétiser. Mikael est fiancé à une fille de son village, tandis qu’Ana elle est lié à un journaliste américain (Christian Bale). Des problèmes qui palissent cependant face à l’inéluctable marche de l’Histoire  : ils font tous les deux partie d’un peuple que le gouvernement a décidé d’effacer de la surface de la planète.

Il est clair que les auteurs de The Promise, prenant pour modèle des films comme Dr Zhivago ou Reds, envisagent l’histoire d’amour de Mikael et Ana comme une tragédie qui aurait pour toile de fond les remous de l’histoire, mais c’est un choix peu approprié au vu de la gravité du sujet. Les parties du récit consacrées à leur romance sont inopportunes et presque constamment en dissonance avec les autres événements du film, particulièrement ceux ayant trait aux génocides arméniens ; imaginez une version de La Liste de Schindler qui serait consacrée aux aventures sentimentales de son protagoniste, et vous aurez une assez bonne idée du degré de maladresse de The Promise. On pourrait voir dans la romance d’Ana et Mikael une tentative de contrebalancer les horreurs qui les entoure, mais celle-ci constitue un piètre contraste. Ni les interprètes ni le scénario ne parviennent à nous rendre leur relation crédible ou attachante.

Ce mélange de romantisme et de crimes contre l’humanité ne serait peut-être pas si fâcheux si le film était exécuté avec plus de rigueur. Hélas, il n’en est rien  : balançant constamment entre le mélodrame et la sobriété, Terry George amoindrit les effets du film dans ses hésitations, et ne trouve jamais la nuance ou la distance nécessaire. Nombreuses sont les scènes qui devraient nous couper le souffle par leur ampleur dramatique ou tragique, mais ne nous font que soupirer par leur platitude. Seule une poignée de séquences parviennent à nous faire ressentir quelques émotions, mais c’est au prix d’images particulièrement graphiques des violences commises sur le peuple arménien.

La violence n’est pas la seule chose qui fait de The Promise une expérience éprouvante. Il a le rythme pesant et épisodique d’un film fidèlement basé sur des « faits réels », sans en être un. Son contexte et ses grands événements sont (plus ou moins) historiquement corrects, mais c’est une œuvre de fiction, dont les invraisemblances et les raccourcis scénaristiques viennent nous rappeler, si cela était nécessaire, qu’on a affaire à une production hollywoodienne.

C’est dans sa distribution que la fausseté de The Promise se fait la plus frappante. Ses deux principaux personnages, soi-disant arméniens, sont en effet interprétés par deux acteurs qui ne sont absolument pas de cette origine. Américain né au Guatemala, Oscar Isaac utilise un grossier accent (le film est tourné en langue anglaise) pour interpréter son personnage. Sans cette affectation de sa voix, sa performance aurait pu être louable, mais en l’état de choses, elle est régulièrement risible. Charlotte LeBon quant à elle n’a même pas à faire cet effort, puisqu’elle conserve tout le long du film un accent français – un choix justifié de manière peu convaincante par le fait que son personnage a passé quelques années à étudier à la Sorbonne. Qu’aucun des deux ne soit arménien est péniblement évident, et leur présence en tête d’affiche est d’autant plus embarrassante qu’ils sont entourés d’acteurs secondaires originaires des pays dont il est question. Lorsque le texte et les images qui clôt le film viennent rendent hommage à la culture du peuple arménien, il est difficile d’ignorer à quel point celle-ci a été absente des 130 minutes qui ont précédées.

Si The Promise a un mérite, c’est celui de nous rappeler l’existence d’un massacre trop souvent effacé des pages de l’Histoire; dommage que son témoignage soit dilué dans un des films d’aventures les plus insipides et maladroits à avoir gracié nos écrans ces dernières années.