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Critique : The Revenant d’Alejandro Gonzalez Iñarritu

Le Septième art se souviendra du 6e long métrage d’Alejandro González Iñárritu…

Affiche de The Revenant d'Alejandro Gonzalez Iñarritu (2016)
Affiche de The Revenant d’Alejandro Gonzalez Iñarritu (2016)

Dans une Amérique profondément sauvage, le trappeur Hugh Glass est sévèrement blessé et laissé pour mort par un traître de son équipe, John Fitzgerald. Avec sa seule volonté pour unique arme, Glass doit affronter un environnement hostile, un hiver brutal et des tribus guerrières, dans une inexorable lutte pour sa survie, portée par un intense désir de vengeance.

Une expérience. Le cinéma, avant d’être un art dont la subjectivité est constamment discuté, est une question de ressenti. Immersion, esthétique, performance, émotion, narration. Dans sa plus simple fonction. The Revenant, sixième long du virtuose mexicain Alejandro González Iñárritu, est une expérience cinématographique. Découvert par Amours Chiennes, révélé par 21 Grammes, propulsé par Babel et Biutufil, puis unanimement salué avec Birdman, Iñárritu propose ici un objet filmique qui, sans être inédit, renouvelle un genre (le western) en lui donnant une enveloppe inédite. Une sorte de révolution orchestrée par un homme qui a juste voulu utiliser les outils du cinéma pour mettre en scène sa vision du grand spectacle.

Furieux, glacial, éreintant, immersif… The Revenant aligne les superlatifs et autres qualificatifs. Difficile d’être muet devant pareille œuvre – le chef-d’œuvre, seul le temps nous le dira – alors que paradoxalement, à la sortie de la salle, passées 156 minutes éprouvantes et magnifiques à la fois, émettre un avis est comme relevant de l’impossible. Un choc, oui, un choc de cinéma. Voilà ce qu’est The Revenant. Derrière sa caméra, l’exigeant Iñárritu s’est surpassé. Exit le glamour hollywoodien, la chaleur réconfortante des studios ou le travail en post-production. Il veut nous parler terrain. Pour ce film, le cinéaste de 52 ans a souhaité tourner en pleine nature, avec pour seul allié – et il sait à quel point il peut changeant – la lumière naturelle pour sublimer ces grands espaces. Dans le froid, face à la neige, aux pluies glaciales et battantes, le vent, la vie sauvage, il passera 9 mois avec son équipe à faire d’une histoire de fiction doublée d’un survival gore, une ode au cinéma réaliste.

Extrait de The Revenant d'Alejandro Gonzalez Iñarritu (2016)
Extrait de The Revenant d’Alejandro Gonzalez Iñarritu (2016)

Le spectateur se retrouve ainsi plongé au cœur de cette quête à laquelle Hugh Glass – campé par Leonardo DiCaprio absolument magistral – est contraint à s’adonner, non sans risque. On souffre avec Glass, on hurle, on gémit, on rampe, on se bat et on veut se venger comme Glass. Pendant 2h30, impossible de décrocher le regard de l’écran, de se détacher d’une narration captivante – bien que déjà vue avec Le convoi sauvage de Sarafian qui racontait la même chose au début des années 70. Chaque scène est une peinture sublimée, chaque séquence de combat est un bijou de mise en scène. On en ressort le souffle coupé par un condensé de génies inédit au cinéma. D’Iñárritu en metteur en scène de brio, à la photographie magnifique du génial Emmanuel « Chivo » Lubezki (parti pour s’offrir un 3e Oscar consécutif) en passant par la musique précieuse de l’orfèvre Ryûichi Sakamoto, tout y est.

Extrait de The Revenant d'Alejandro Gonzalez Iñarritu (2016)
Extrait de The Revenant d’Alejandro Gonzalez Iñarritu (2016)

Mais le majestueux et noir The Revenant ne serait rien sans ses acteurs, et notamment Leonardo DiCaprio. Loin de lorgner vers l’emphase, l’acteur américain donne ses lettres de noblesse au mot performance. Habitué aux prestations remarquables et remarquées, DiCaprio a plongé tête la première dans le personnage de Hugh Glass. La Méthode. Et comme son personnage, il a souffert pour s’en approcher, à tel point qu’il a nourri les fantasmes les plus fous autour des épreuves que Glass rencontre. N’est-ce pas là aussi la base même d’un chef-d’œuvre intemporel ? Quoi qu’il en soit, le beau Leo grimé en trappeur indestructible et humaniste nous offre ici plus de matière à discussion qu’il n’en faudrait. Quant à lui décerner un Oscar, la question n’a pas lieu d’être posée. C’est ce qu’on appelle une évidence, et au rang d’une telle performance, elle est aussi rare qu’une éclipse totale.

A l’instar de son acteur principal, Alejandro G. Iñárritu repousse avec une certaine maestria une forme d’excellence. Face à un film réunissant peut-être ce qu’il se fait de mieux dans le cinéma, le spectateur se prend un uppercut qui ne laisse personne indemne. Majestueux, élégiaque bien que teinté d’un symbolisme peut-être suranné (voire malickien), The Revenant est un spectacle aussi beau qu’étouffant, impressionnant, envoûtant et magnifique en tout point.