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Critique : Thor Ragnarok de Taika Waititi

Thor Ascending

Privé de son puissant marteau, Thor est retenu prisonnier sur une lointaine planète aux confins de l’univers. Pour sauver Asgard, il va devoir lutter contre le temps afin d’empêcher l’impitoyable Hela d’accomplir le Ragnarök – la destruction de son monde et la fin de la civilisation asgardienne. Mais pour y parvenir, il va d’abord devoir mener un combat titanesque de gladiateurs contre celui qui était autrefois son allié au sein des Avengers : l’incroyable Hulk…

Déjà le cinquième film de la troisième phase du Marvel Cinematic Universe et avant dernier film de super-héros d’une année assez faste en la matière pour le genre, Thor Ragnarok débarque avec beaucoup de promesses. Celle, d’abord, de redorer le blason du héros asgardien qui n’a jamais vraiment eu de chance au cinéma avec des stand alone allant du passable (l’adaptation de Kenneth Branagh) au désagréable (Thor : Le Monde des Ténèbres d’Alan Taylor). Avec Taika Waittiti aux commandes et avec une promo promettant enfin quelque chose de nouveau, Thor Ragnarok est-il la révolution Marvel attendue ?

La réponse est assez simple puisque Thor Ragnarok est probablement le meilleur film de super-héros Marvel depuis le premier Gardiens de la Galaxie. Mais il est avant tout le film dont le héros avait besoin, un film qui repose enfin sur Thor et lui seul. Exit les aventures terriennes et place enfin à un voyage intergalactique réunissant les différentes légendes de l’univers cosmique dont Thor fait partie.

Tout change pour Thor dans ce nouvel épisode. Nouveau look, nouveaux personnages, nouvelle vie. Avec Ragnarok, Thor possède enfin le film dont il avait besoin pour revenir à égalité avec ses compères des Avengers. Fini l’humour sur les différences entre terriens et Asgard, exit les personnages terrestres comme Jane Foster et sa soeur et place à des nouveaux mondes. 

Dès la scène d’introduction, le ton est donné. L’humour est malin et moqueur. Ici, on assume enfin et c’est jubilatoire. Cet humour sera présent tout le long et on est bien loin d’un humour PG 13. Plus vulgaire et plus intelligent, ce Thor Ragnarok possède un coté assez méta déstabilisant et pas destiné à tout le monde. Autrement dit, il est question d’un véritable comics sur écran. Malgré tout, on pourrait reprocher un coté un peu forcé par moment. Vous savez, le fameux : « regardez on est cool, on fait quelque chose de différent tout en vous servant la même soupe ». Cependant, cela reste assez pardonnable sur la totalité du film.

Pour réussir à vendre correctement ce troisième opus de Thor, Marvel avait décidé d’envoyer du lourd et de rajouter le personnage de Hulk au film. L’attente de retrouver ce personnage trop peu présent dans l’univers Marvel, hormis Avengers, était immense. Si cela fait plaisir à voir à l’image et donne droit à un coté comics fun, le personnage déçoit en étant totalement cantonné au sidekick humoristique et parfois même un peu trop forcé. Sur la forme c’était pas si mal mais sur le fond et l’évolution du personnage on repassera. D’autant plus que son arrivée dans l’univers cosmique est balayée assez rapidement et manque de profondeur dans l’écriture.

Pourtant, la force de ce Thor Ragnarok c’est bien ces personnages secondaires permettant de voir une vraie adaptation de comics, que ce soit le caméo d’un personnage apprécié ou bien la relation entre Thor et son frère Loki. Ce dernier est d’ailleurs bien utilisé, contrairement au second film. Chacune de ces actions est intéressante et permet au personnage d’évoluer. Il faut dire que le coté méta apporté au film permet à Loki de satisfaire toujours autant son audience. Autre nouveau personnage cette fois-ci, il s’agit de la Valkyrie, incarnée par Tessa Thompson. L’actrice incarne magnifiquement la guerrière et fait d’elle un alter-ego féminin à Thor permettant d’avoir sa propre identité, là où les personnages de Sif et Jane Foster n’en étaient pas capables. Ses scènes sont assez stylées et bien mises en avant.

Thor Ragnarok est le premier film Marvel de l’année à faire enfin avancer l’histoire de l’univers, là où Les gardiens de la galaxie et Spider-Man Homecoming se contentaient de raconter une histoire à part. Ici, non seulement Thor raconte sa propre histoire mais, en même temps, c’est tout l’univers Marvel qui avance. Et cela fait plaisir de voir cela enfin réussi à l’écran après les essais ratés de la phase 1.

Malheureusement, tout n’est pas réussi, à commencer d’abord par la mise en scène de Taika Waititi. Les scènes d’action sont affligeantes et, au final, très peu présentes. Hormis le climax du combat entre Thor et Hulk, elles ne sont qu’au nombre de deux. Il est vrai qu’avec l’univers de Thor, on aimerait parfois voir des batailles titanesques mais, une fois de plus, ce n’est pas le cas. Pire, le réalisateur n’étant pas à l’aise dans ce genre de scène, va nous offrir des scènes de combats illisibles et bénéficiant d’un trop grand nombre de cut, comme pour cacher les défauts.

Hela déception principale du film. Le jeu de mot est facile mais c’est à la hauteur de nos attentes pour ce personnage. Avec Cate Blanchett dans le rôle, on avait enfin l’espoir de voir un grand méchant réussi chez Marvel. Ce ne sera pas le cas. Malgré un background intéressant, le personnage est cantonné à des mini apparitions et hormis sa première scène, laissant penser qu’enfin, un héros va avoir du mal  à s’en sortir, on se retrouve finalement pantois devant l’absence de gravité autour de l’histoire et du vilain.

Au final, Thor Ragnarok est un excellent film de science-fiction qui souffre du manque de dramaturgie et d’une mise en scène ainsi que d’une photographie assez moyennes. Bien évidemment, on s’amuse comme rarement grâce au style cool voulu mais qui reste néanmoins la soupe classique Marvel. Malgré les prises de risques sur le fond, il se dégage une certaine forme de suffisance dans les longs-métrage Marvel sur le format. Thor Ragnarok s’impose néanmoins comme le meilleur film du genre cette année mais reste un sous Jupiter Ascending.