Critiques de films, Drame, Festivals, Gand 2017

Critique : Three Billboards Outside Ebbing, Missouri de Martin McDonagh

A la merveille

Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

Ça y est, Martin McDonagh est enfin de retour. Privilégiant le théâtre, le britannique s’était fait rare au cinéma après ses deux premiers long-métrages, l’excellent Bons baisers de Bruges et, le plus fouillis mais néanmoins intéressant, 7 Psychopathes. Cette fois-ci, il s’est expatrié dans le Missouri pour son drame qui a connu un succès retentissant à Venise et Toronto où il a fait ses premières mondiales. Ce succès, espérons-le, se prolongera dans les salles car, il ne faut pas faire durer le suspense, c’est une petite merveille que nous livre McDonagh.

Dans la petite bourgade d’Ebbing, dans le Missouri aux Etats-Unis, un terrible drame a eu lieu voici plusieurs mois. Une fille s’est faite violer et a été tuée. A l’une des entrées de la ville se trouvent trois vieux panneaux publicitaires que Mildred (géniale Frances McDormand), une résidente, va s’empresser de louer. Dessus, il est marqué ceci : « Raped while dying », « And still no arrests », « How come chief Willoughby ? ». En français cela donne « Violée en train de mourir », « Et toujours pas d’arrestations », « Comment cela se fait-il sheriff Willoughby ? ». Le message est clair et va immédiatement et logiquement créer un sacré remous dans la ville. D’un côté, les gens vont se ranger du côté de Mildred mais, de l’autre, nombreux sont de celui du côté du shériff Willoughby, atteint d’un cancer ce qui, dans l’absolu, n’excuse rien. C’est quand même délicat de jeter en pâture un homme mourant. Bref, Mildred tente de faire bouger les choses mais, ce n’est pas facile, d’autant plus que la police locale n’a pas la meilleure des réputations.

Cependant, n’allez pas croire que Three Billboards Outside Ebbing, Missouri est une chasse au violeur. Il y a évidemment une enquête mais, c’est avant tout un portrait d’une partie de l’Amérique profonde, avec la galerie de personnages que ça implique et ce sur fond de polar. Alors que les circonstances ne s’y prêtent pas, c’est également un film très très drôle. On a donc affaire à un mélange de genres très réussi, témoin de la grande qualité d’écriture. Il n’y a aucun doute, c’est là que réside la grande force du film. Le scénario est bien ficelé. L’enquête est assez simple à suivre puisque la police a peu d’éléments en sa possession. C’est entre autre pour cela qui a déclenché l’ire de Mildred. En plus du portrait et de l’enquête, Martin McDonagh en profite pour aborder d’autres thématiques au cœur de l’actualité, le racisme et les violences policières. Il en parle de manière frontale mais aussi en utilisant l’humour, noir bien entendu. C’est caustique et diablement efficace, en frappant là où ça fait mal. A un moment, Mildred est convoquée au commissariat. Lors de cette convocation avec un policier qui ne l’aime particulièrement pas, Dixon, incarné par un exceptionnel Sam Rockwell qui trouve ici le rôle de sa vie, elle va dire qu’il aime torturer des noirs ce à quoi Dixon va répondre qu’on doit dire « torturer des personnes de couleur ». Ce n’est qu’un exemple, pas le meilleur en plus, parmi tant d’autres mais ça situe le niveau.

L’émotion n’est pas oubliée. Avec un sujet pareil, c’est difficile de ne pas en avoir. Elle survient notamment lors de flashbacks avec Angela, la fille de Mildred donc, ou encore lors d’une séquence particulièrement poignante avec Woody Harrelson, qui incarne le shériff Willoughby. De manière générale, on peut souligner la balance entre le drame, la comédie, la tension. Le tempo est excellent, sans temps morts ni trop dans l’emballement, ce qui n’empêche pas l’escalade de violence due aux circonstances.

Martin McDonagh est très bien épaulé puisque son directeur de la photographie et son monteur font de l’excellent travail. Mais, en plus d’être un excellent scénariste, au talent d’écriture évident, McDonagh est aussi un excellent metteur en scène qui sait diriger ses comédiens. Il y a quelques plans particulièrement marquants comme celui de Mildred qui court entre les panneaux en feu. Les cadrages, la durée des plans, leur enchaînement, tout fonctionne à la perfection. Le travail de mise en scène est excellent mais, comme dit plus haut, la direction d’acteurs l’est tout autant. On a déjà mis en avant les superbes prestations de Frances McDormand, de l’exceptionnel Sam Rockwell et du génial et touchant Woody Harrelson mais, Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, ce sont bien d’autres comédiens encore comme Caleb Landry Jones qui, une fois encore, trouve un rôle absolument génial et grinçant, Abbie Cornish, d’une tendresse infinie, Peter Dinklage, dans un tout autre registre que celui de Tyron Lannister, Sandy Martin, piquante au possible ou encore Zeljko Ivanek, très bon comme d’habitude.

Il ne faudrait pas abuser des adjectifs dithyrambiques mais, vraiment, Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, en plus d’avoir un super titre, est une petite merveille, une pépite comme on en voit peu. C’est du film indépendant qui frappe fort, au vif. Une baffe qui va et arrive là où on ne l’attend pas forcément, qui traite de sujets importants tout en faisant rire. Les prestations 5 étoiles des comédiens comme Sam Rockwell qui trouve ici le rôle de sa vie (oui on se répète) ou Frances McDormand qui pourrait avoir une nouvelle nomination aux Oscars, sont un vrai plaisir. Elles montrent l’implication totale de chacun des membres de l’équipe, ceux derrière la caméra compris. Bref, une fois que c’est en salles, n’hésitez pas une seule seconde, vous ne le regretterez pas.