Comédie, Critiques de films, Drame

Critique : Truman de Cesc Gay

Amitié, dignité, liberté

Julian, un madrilène, reçoit la visite inattendue de son ami Tomas qui vit au Canada. Ils sont loin de se douter qu’ils vont passer avec Truman, le chien fidèle de Julian, des moments émouvants et surprenants…

Ricardo Darín. Ce simple nom devrait donner envie aux spectateurs de voir n’importe quel film. Le fer de lance du cinéma argentin retrouve les espagnols Javier Cámara et Cesc Gay avec qui il avait déjà collaboré sur Les Hommes ! De quoi parlent-ils ?. Auréolé de 5 Goya : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleur second rôle et meilleur scénario original, Truman sort désormais dans nos salles et, oui, mille fois oui, il vaut la peine.

Le sujet était casse gueule. Parler du décès via le prisme de l’amitié, ce n’est jamais évident et, nombre de réalisateurs s’y sont déjà cassés les dents. Cesc Gay évite cela brillamment. Pour ce faire, il a choisi de procéder de manière intelligente. L’histoire se déroule pendant une période déterminée, ni trop courte ni trop longue, de 4 jours. Cela permet de morceler le récit et de mettre en place différentes étapes.

Sur ces 4 journées, Tomas et Julian vont vivre comme s’ils n’avaient jamais été séparés. La préparation des obsèques, les rendez-vous pour rencontrer de futurs propriétaires pour le chien, les détails à régler, la visite chez le vétérinaire, toutes ces étapes et bien d’autres encore sont abordées avec un ton qui est la parfaite balance entre le drame et la comédie. L’émotion est immédiate et frappe de plein fouet.

Cesc Gay réussi son coup de main de maître. Outre l’excellente gestion des différences de tons, il montre encore son savoir-faire relatif à la mise en scène. Il a un sens du timing, du cadrage et dit beaucoup de choses sans trop en faire. Cela passe beaucoup par les comédiens mais, aussi bons sont-ils, il faut quelqu’un pour les diriger et ça, Cesc Gay le fait visiblement très bien. Il prend son temps et n’hésite pas à faire durer des scènes mais, il ne faut pas oublier de remercier le monteur Pablo Barbieri, également monteur de Les Nouveaux Sauvages, qui fait également de l’excellent travail.

A aucun moment cela ne tombe dans le pathos. La retenue et la légèreté sont les maîtres mots. Au final, un mot résume bien les événements : justesse. Et ceux qui le sont parfaitement ce sont bien évidemment Ricardo Darín et Javier Cámara qui méritent entièrement leur Goya. Pour le premier, tous les superlatifs pourraient être convenir tant il irradie l’écran (nous sommes même tentés de dire, comme lors de chacun de ses films). Sa présence physique, ses gestes, ses mimiques, son intonation de voix, son regard, c’est une véritable leçon que donne le quasi sexagénaire natif de Buenos Aires. Les aspirants comédiens devraient s’en inspirer.

Si vous aimez les films qui sont tristes, joyeux, optimistes, ou tout simplement beaux, Truman est fait pour vous. Il ne vous laissera pas indemne. Son histoire, sublimée par des comédiens sensationnels, touchera tout un chacun. Si vous êtes un cœur de pierre, le moment sera tout de même très agréable. En tout cas, nous on en redemande.