Critiques de films

Critique : Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie, de Bill Condon

Alors que la saga Twilight s’apprête à lever le voile sur un final attendu, la première partie de ce quatrième épisode coupé en deux débarque dans les salles obscures.

 

Affiche du film Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie, de Bill Condon
Affiche du film Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie, de Bill Condon

 

Bella a fait son choix : elle s’apprête à épouser Edward. Mais le jeune homme honorera-t-il sa part du marché ? Acceptera-t-il de la transformer en vampire et de la voir renoncer à sa vie humaine ?

 

 

1,8 milliards de dollars plus tard, la saga Twilight s’apprête à baisser le rideau. Pour clore le spectacle déjà bien rentable, l’ultime chapitre a été coupé en deux parties. Une pratique courante, à la fois scénaristiquement intelligente puisqu’elle permet de mettre un maximum de détail, mais aussi pour le marketing puisque cela permet de faire rentre un maximum de dollars. On ne va pas se cacher, cette saga vise principalement un public adolescent, de jeunes filles en fleur (ou pas) par moment accompagnées de leurs mères un brin adulescentes à l’intérieur pour se sacrifier de la sorte. Toujours est-il que la franchise a fasciné la planète cinéma, que ce soit les critiques, les médias en tous genres, le public, et même les adversaires du moment au box-office. Quoique l’on puisse en dire, on retiendra autant la version cinématographique de Twilight, que sa version littéraire signée des doigts épurés de la mormone Stephenie Meyer. Ce best-seller devenu véritable objet commercial a fait du chemin. Et quel chemin. Au départ, un presque « petit » film avec une trentaine de millions de dollars en guise de budget, du désir adolescent, et la renaissance du film de vampires à l’écran. Aujourd’hui, un double film pour un chapitre final, et un budget non moins conséquent pour la première partie : près de 130 millions de dollars. La faute à des salaires de comédiens qui se sont envolés, comme les cours du pétrole et de la Bourse. Pourtant, il y a toujours autant d’attente autour de ce phénomène, que ce soit chez les fans prêts à coucher plusieurs nuits devant le Kodak Theatre pour l’avant-première, ou chez les critiques dont certains effectuent à merveille le dézinguage annuel d’un chapitre de Twilight, et aligne le nombre de vues. Attention, la saga se termine, il faut donc frapper fort !

Alors qu’en est-il de ce Twilight 4 première partie ? Une histoire encore à dormir debout, une jeune humaine qui souhaite le rester le plus longtemps possible, se marie avec son vampire tant aimé, et comble de tout cela, tombe enceinte tout aussi rapidement. Avec les enjeux de clan habituels et les sentimentaux, on rajoute désormais un enjeu un peu plus « mature », important, avec des thématiques non négligeables comme l’avortement, le mariage entre communautés différentes etc. Autant dire que Twilight ce n’est plus de la rigolade, c’est même très sérieux. On a donc confié la réalisation à Bill Condon, un type apparemment crédible pour les fans puisqu’il a remporté l’Oscar du meilleur scénario en 1998 pour Ni Dieux Ni Démons et un Golden Globe en 2006 pour le fameux Dreamgirls. Quant on pense que Sofia Coppola s’est dite intéressée pour la réalisation du chapitre 4, c’est notre porte-monnaie et une infime part de cinéphilie sommeillant en nous qui s’envolent. Bill Condon, c’est donc la méthode « je rentre dans le lard », donnant ainsi que des évidences. Tout est trop bien expliqué ou presque. Pas assez de réflexion permise, malgré pourtant une durée assez conséquente. Cela dit, ce Twilight 4 présente quelques enjeux intéressants. Un peu tardivement dans le film, mais tout de même. Passé un mariage des plus fastes, dont Summit a voulu garder le plus grand secret, et une lune de miel bourrée de scènes tordantes (des futurs classiques), cette Révélation plonge peu à peu dans la noirceur, mélangeant les histoires de clans et la naissance de bébé au prénom bien ridicule (mais passons, cela relève du détail de haters). C’est donc dans la gravité des situations que Twilight gagne en intérêt, mais également en maturité ! Ainsi, notre Bella tombe enceinte d’un bébé qui la bouffe de l’intérieur, mais veut garder sa vie humaine jusqu’au bout (installation d’une sorte de tension) ; Jacob se retrouve dans un entre-deux, torturé par son amour pour Bella et le devoir de son clan – pour autant il est en position de force ; et enfin Edward, plus en retrait au demeurant, qui aura son importance au final.

Extrait du film Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie (2011)
Extrait du film Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie (2011)

 

Un bébé sauce bolognaise plus tard, une bataille finale (physique et psychologique) glorifie cette mise en avance d’enjeux intéressants, et parfois même, captivants. Twilight 4 ne semble donc pas prendre la même forme linéaire que ses prédécesseurs. Si Bill Condon joue sur les évidences, il nous concocte une réalisation léchée, bien mise en avant par la photographie de Guillermo Navarro (oscarisé pour Le Labyrinthe de Pan). Et question apparence physique, Twilight joue la carte du trouble. En effet, un détail qui donne une certaine valeur à cet épisode, c’est son aspect plus humain. On oublie le vampire boule à facettes, le teint, si pâle soit-il, est plus proche de l’humain. Un aspect apparemment anecdotique, mais qui montre cette volonté de dépasser les clichés qui collent trop à la saga et qui ne transparaissent pas dans le roman. Cet aspect humain met en avant également les liens qui se resserrent entre les Cullen, Bella et Jacob.

Malgré quelques ratés physiques (les décors exotiques tombant dans la surenchère, en ces temps de crise, ceci est bien malvenu) ou encore des effets d’images saccadées pour illustrer la transformation physique vue de l’intérieur, on pourrait être séduit par ce Twilight 4. Une première partie qui demande à être confirmée, à se défaire de ses défauts, mais qui possède une allure intéressante, semble-t-il différente des précédents chapitres. A noter que coupe budgétaire oblige, l’OST a moins de gueule que par le passé (Muse, Editors, Florence + The Machine, Thom Yorke…). Pour autant elle est intéressante, dans les tons, passant du classique avec Bach à des groupes actuels comme Sleeping At Last, Hard-Fi, Noisettes, Angus & Julia Stone ou encore The Joy Formidable. On retire juste le coûteux Bruno Mars, volonté marketing oblige.

 

Extrait du film Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie (2011)
Extrait du film Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie (2011)

 

Pourtant, ce Twilight commençait par un paradoxe : dans la première scène, Jacob reçoit le faire-part du mariage et de colère, arrache son tee-shirt et court exulter sa colère dans les bois. Mais comme une sorte d’exorcisme, cette scène sert à amener un peu plus de second degré sur d’autres passages (la faculté de Jacob de pouvoir réchauffer un corps froid par exemple) et un regard plus décalé. Mais ce Jacob du début nous paraît risible. Or il va prendre une importance assez surprenante, et on découvre un Taylor Lautner qui pourrait commencer à nous séduire. Ne nous emballons pas, ceci n’est qu’un début de constat, qui pourrait favorablement se transformer en point positif si cette embellie se confirmait dans la seconde partie à venir. Car si le second épisode renforce encore un peu plus sa maturité, donne du rythme à son action, on pourrait assister à un final intéressant. Il faudrait y mettre un peu plus de trash, parce que la scène de sexe censurée (pour le bien du public) et une interdiction américaine revue à la hausse à cause d’un accouchement un poil sanglant, cela déclenche immédiatement un sourire mesquin.

L’avis : En allant voir la première partie de ce Twilight 4, certains iront se délecter des couinements (ou effluves de désir, appelez cela comme vous voulez) dans les salles obscures, profitant de l’occasion pour rabâcher un discours déjà trop entendu. Difficile de faire une critique de Twilight sans répéter ce qui a déjà été dit dans le passé… Sauf si ce chapitre apparaît réellement différent. Le film débute bien par des mièvreries pré-pubères habituelles, mais derrière se cachent des enjeux et une intrigue intéressante, qui demandent à être pousser à leur paroxysme dans l’épisode final, afin que cette saga Twilight termine sur une meilleure note qu’elle ne l’a commencé.