Critiques de films

Critique : Un homme à la hauteur de Laurent Tirard

Un film à la hauteur ?

Affiche Un Homme à la Hauteur de Laurent Tirard
Affiche Un Homme à la Hauteur de Laurent Tirard

Il est tard lorsque Diane rentre chez elle, épuisée, après une dure journée de labeur. Une certaine solitude semble peser sur ses épaules, cette même solitude qui transparaissait dans la décoration épurée de son appartement. Alors qu’elle se fait machinalement couler un bain chaud, le téléphone fixe se met à sonner. C’est Alexandre, un inconnu à la voix joyeuse et au ton charmeur qui se fait entendre. Alexandre a retrouvé le portable de Diane, égaré dans un restaurant après une dispute. Le jeu subtil du flirt conduit ses deux êtres à se retrouver le lendemain autour d’un verre, peut-être plus… mais le bonheur affiché de Diane tourne court (sans mauvais jeu de mot) lorsqu’elle fait enfin face à son bienfaiteur, Alexandre, 1 mètre 36, les jambes pendantes depuis sa chaise.

La première bande annonce qui s’offrait à nous, depuis quelques semaines, a suscité bon nombres de critiques, la plupart mauvaise voir moqueuse. Certains observateurs, en marge des détracteurs, n’auront pas manqué de saluer l’effort des producteurs à ne dévoiler que peu d’éléments du dernier film de Laurent Tirard. Pourtant, cette fameuse bande annonce, bien qu’avare en images et en gags, fournissait aux potentiels spectateurs, non seulement, le principal argument commercial du film, mais aussi son principal défaut : Un homme à la hauteur n’est pas un film sur un nain, c’est un film sur Jean Dujardin jouant un nain. La nuance peut paraître subtile, elle n’en reste pas moins riche d’observations.

Jusqu’à la fleurissante campagne d’affichage du film, notamment l’installation de colonnes publicitaires Morris de taille réduite, la mise en scène volontaire de Dujardin sur les plateaux télés installé sur une chaise baissée, le film abat bien vite sa carte maîtresse, hélas la seule : Jean Dujardin, icône actuelle du cinéma français, accepte de se réduire en jouant à genoux. Si je me permets de m’attarder sur ce point précis, c’est que le présent film lui-même s’en attarde, dévoilant au fur et à mesure des séquences son étalage de gags et de quiproquos sur la petite taille « simulée » de l’acteur d’1 mètre 82.

Beaucoup répondront, à cette remarque, que ce prétexte physique est parfaitement justifié au vue du sujet traité, et que ne pas faire allusion à la taille réduite du personnage d’Alexandre, à travers des gags, seraient un déni, voire de la censure. Il est vrai que le sujet du film pousse à cette exploitation comique, mais il est dommage qu’il ne parte pas en arborescence en direction de sujets voisins qui découle de ce même sujet, à savoir le rejet de l’autre de part sa différence.

Extrait Un homme à la hauteur
Extrait Un homme à la hauteur

A l’heure des réseaux sociaux faussement égalitaires, chaque recoin de ces mondes virtuels chante les louanges d’une société idéalisée jusque dans le physique de ces citoyens. Une satire dénonçant les méfaits de cette dictature de la beauté, qui n’hésite pas à détruire émotionnellement des humains, est donc la bienvenue sur nos écrans et dans nos esprits.

Et c’est là le tort principal de ce film : certes il exploite pleinement les situations cocasses sur la différence de tailles entre deux personnes qui s’aiment mais passent à côté de la souffrance qui découle du rejet des autres par soucis de normalité auto-proclamé. Au détour d’une ligne de dialogue par ci par là, le film effleure pourtant cette souffrance vécue par le personnage d’Alexandre rejeté depuis l’école primaire pour être resté un petit enfant, mais de par leur non spontanéité dramatique, ces séquences tombent à plat, la faute à une structure dramatique essoufflée par son trop-plein de gags.

Cette même structure dramatique boursouflée de blagues ne laisse que peu de place au jeu de Virginie Efira et Jean Dujardin qui n’ont pas l’occasion d’exprimer la passion de ce couple qui souffre de s’aimer, hantée par les regards moqueurs et les doigts pointés dans leur direction. Cette passion amoureuse déchirante résonne comme une pièce maîtresse absente à cette tragédie, car une bonne comédie, aussi truculente soit-elle, est avant tout un drame poignant.

Un homme à la hauteur n’en reste pas moins un film divertissant où l’on finit par s’oublier soi-même dans cet océan de blagues faciles et au déploiement du jeu des comédiens qui prennent visiblement un grand plaisir à interpréter cette situation, porteuse de d’’avantages de promesses que celles tenues. Une fois l’écran éteint et la salle rallumée, il se retrace dans nos têtes l’histoire, moins marrante, de ces hommes et femmes sans cesse rejetés de leurs semblables, ou pas assez justement.