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Critique : Une affaire de famille d’Hirokazu Kore-eda

Hirokazu Kore-eda Cinematic Universe

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets…

Hirokazu Kore-eda, que nous avons rencontré à deux reprises, pour Notre Petite Sœur ainsi que Après la tempête, est un réalisateur que nous affectionnons particulièrement. Si avec le rythme intense de tournage qu’il s’impose, il arrive que la qualité de ses œuvres soit variable. En effet, avec un film par an, ce n’est pas toujours évident de garder le cap. Avec Une affaire de famille, les attentes étaient hautes au vu du sujet et du casting qui auguraient du lourd. Autant dire que la déception n’a pas été de mise car le résultat est complètement satisfaisait, à la hauteur des meilleurs films de ces dernières années comme Notre Petite Sœur.

Une affaire de famille parle d’une famille un peu atypique qui recueille une petite fille qui a l’air d’avoir été laissée seule dehors près de sa maison. Ils la nourrissent et, alors qu’ils la ramènent chez elle, ils se rendent compte que ses parents sont plutôt du style violents. Ni une ni deux, ils décident alors de la garder. Dès lors, la petite va grandir dans un environnement particulier puisque la spécialité de sa nouvelle famille d’accueil, c’est le vol.

Rentrer plus dans les détails de l’histoire serait compliqué sans rien révéler de l’intrigue qui surprend énormément et va parfois dans des directions auxquelles on ne s’attendait pas. Cependant, on peut tout de même parler des thématiques. Celle de la famille est chère à Kore-eda. C’est probablement son sujet de prédilection. Après de nombreux films sur le sujet, Kore-eda montre qu’il a encore des choses à dire. Chaque personnage diffère des films et personnages précédents. Par conséquent, il peut créer de nouveaux rapports. De ce point de vue là, Une affaire de famille se démarque fortement de ses œuvres précédentes.

Ce qui touche énormément, et qui est l’une des grandes forces du cinéma asiatique de manière générale, des cinémas japonais et coréens en particulier, c’est la sensibilité, le regard du metteur en scène sur ses personnages et la façon d’utiliser le non-dit. Dans ce genre d’histoire, il y a beaucoup de choses cachées, que l’on découvre de manière surprenante. Mais il y a également des choses qui sont présentes dans le récit, qu’on ne cite pas ou dont on parle peu et qui pourtant, ont une place importante dans l’histoire. Kore-eda s’en est fait une spécialité et, une fois encore, il fait preuve d’une grande maîtrise dans sa mise en scène.

Une affaire de famille bénéficie d’un casting impressionnant avec deux stars du cinéma japonais en tête d’affiche. On retrouve Lily Franky, un habitué du cinéma de Kore-eda, ainsi que Kirin Kiki, qui était la star des Délices de Tokyo de Naomi Kawase. La composition du casting est géniale et les nouvelles révélations, Jyo Kairi et Miyu Sasaki, qui incarnent les jeunes enfants, Shota et Yuri, sont fabuleuses.

Une affaire de famille s’impose comme le meilleur film de Kore-eda depuis Tel père, tel fils avec un portrait de famille atypique succulent et un traitement absolument parfait. Une fois encore, le réalisateur japonais signe une œuvre originale qui s’inscrit parfaitement dans la continuité de ce qu’il a mis en place depuis de nombreuses années. Un incontournable.