Critiques de films, Drame

Critique : Une vie meilleure, de Cédric Kahn

Pour son dernier film, Cédric Kahn filme le combat d’un homme face au surendettement, dans un long métrage humain, social, et facilement touchant.

 

Affiche du film Une vie meilleure, de Cédric Kahn
Affiche du film Une vie meilleure, de Cédric Kahn

 

Yann et Nadia, amoureux, se lancent dans un projet de restaurant au bord d’un lac. Leur rêve d’entrepreneur se brise rapidement. Nadia, contrainte d’accepter un travail à l’étranger, confie provisoirement son fils à Yann. Elle disparaît…

 

 

Début du film. Un enchaînement de petites scénettes pour illustrer le début du couple Yann-Nadia, du précipité, une action derrière une autre. C’est aussi ce qui ressort de ce dernier long-métrage de Cédric Kahn à qui on doit L’Ennui (1998), Roberto Succo (2000) ou encore Les Regrets (2008). Il met en scène un Guillaume Canet de presque tous les plans, mature et combattif. Ce dernier retrouve d’ailleurs le monde de la restauration pour la seconde fois après Ensemble c’est tout en 2007. Il incarne un homme rêveur, parti de rien, et qui n’a d’yeux que pour sa nouvelle affaire, un restau perdu en pleine forêt. Sauf que restaurer cette bâtisse, la remettre aux normes, cela implique de l’argent. Un coût que ne peuvent pas payer Yann et Nadia. Yann est un peu l’allégorie du type volontaire, sincère, mais quand même un brin naïf pour se faire avoir en voulant Une vie meilleure. Si Guillaume Canet est d’une justesse séduisante, signant une de ces plus belles performances, il n’en reste pas moins que sa prestation ne reflète pas le film et ce qu’on y trouve.

 

Extrait du film Une vie meilleure (2012)
Extrait du film Une vie meilleure (2012)

 

La sensation qui découle ce drame moraliste, c’est une fausse ressemblance au cinéma de Ken Loach. Il s’en dit inspiré, Cédric Kahn. Pourtant, ni dans les plans (d’un classique assez navrant), ni dans l’intelligence du scénario, nous n’avons l’impression d’avoir affaire avec un Sweet Sixteen à la française. Cédric Kahn a bien voulu s’emparer d’un sujet très grave, socialement engagé (encore faut-il vivre cet engagement et le faire ressentir sans esbrouf, ni facilités) mais avec des points noirs dans l’écriture qui laissent à désirer, ternissant l’avis global sur le film. Si on rentre dans les détails, la morale est soit très réductrice, soit incomprise, soit sans intérêt. A l’image d’une scène finale qui dit tout et rien à la fois, en plus de nous donner un mal de crâne à vouloir filmer le film tel un documentaire. Un épisode que Kahn avait d’ailleurs plutôt bien géré lorsqu’il filme les squats de banlieues en places atypiques et exigües. Dès les premières séquences du film, on comprend que le film sera faussement dénonciateur (« en France, on ne te donne pas ta chance ») avec une critique acerbe sur le monde du travail. Conséquence : la narration égrène des poncifs, et on préfère plutôt à ce fond d’écran, la relation entre Yann et son beau-fils, qui est elle, bourrée de naturel. Mais quelques longueurs et répétitions n’embellissent pas le film, même si on ne peut s’empêcher d’être touché par l’interprétation et le côté humain de l’histoire.

 

 

L’avis : Facilement touchant, Une Vie Meilleure de Cédric Kahn laisse la morale et les remarques intelligentes sur le trottoir pour offrir un drame social qui flirte avec les bons sentiments et qui se trouve embellie par la prestation de Guillaume Canet.