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Critique : Vers la lumière de Naomi Kawase

Poésie visuelle

Misako travaille au sein d’une société qui retranscrit les films pour personnes aveugles et malvoyantes. Elle rencontre un jour un consultant très désagréable avec elle, un ancien photographe qui perd à présent la vue et se voit sombrer dans le désespoir, ne pouvant plus vivre sa passion. Les deux gens vont progressivement se rapprocher.

Naomi Kawase avait déjà abordé les dégâts de la santé sur la vie et la morale d’une personne à travers An, présenté à Un Certain Regard en 2016. Elle revient cette année en s’attaquant au sujet de la cécité et, paradoxalement et complémentairement, à celui de la vue, autour d’une romance, là où An s’axait autour d’une histoire d’amitié. L’histoire est très simple, sans fioritures, c’est le simple suivi de deux personnages. L’originalité du film consiste plutôt en la façon dont la découverte de l’autre est liée au sens de la vue. Dans les mains d’une autre, le scénario aurait pu offrir un film à l’eau de rose particulièrement quelconque mais Kawase a le mérite de rester concentrée en premier lieu sur la cécitée, un vrai sujet plutôt plutôt qu’un élément dramatique. Paradoxalement, Vers la lumière se transforme progressivement en ode à la vue, une vue largement retranscrite à travers le médium du cinéma, mais aussi un film qui, par la vue, amène à d’autres sens. Quand Naomi Kawase filme le soleil couchant, orange et brut, c’est dans l’objectif d’évoquer la chaleur de ce soleil sur les visages. L’idée s’applique également au son, la cinéaste utilise un vent un peu plus brutal… Vers la lumière ne pose aucune barrière entre le sujet de la nature, objet d’étude adoré de Kawase et le thème des sens. Cette nature est toujours retranscrite avec une naturalisme minutieux, sans grandiloquence, pour la discrétion et la grâce que l’on attribue généralement à la réalisatrice.

En dépit du talent de son auteur pour rendre les petites choses grandes, Vers la lumière peut décevoir par sa simplicité. C’est une oeuvre humble, et personne ne s’en plaindra, le film ne manque de rien mais ne parvient pas à atteindre un niveau supérieur qui a pu être côtoyé par Still the water. Il y a un choix plutôt noble de faire quelque chose de très épuré, qui n’a pas la prétention de traiter véritablement du quotidien des aveugles, il y a davantage la splendide idée d’une poésie sensorielle, d’un essai sensible autour du thème de la vue et de ce que ce sens apporte au quotidien. On retrouve également ce thème d’une dégénération sensorielle qui passe par la vieillesse, dans Vers la lumière le souvenir est sensoriel et l’âge efface le tout. La dégradation est cependant toujours délicate, Kawase n’est pas devenue adepte du mauvais goût et reste systématiquement très fine sur ce genre de sujets.

Naomi Kawase ne révolutionne ni la programmation cannoise ni son cinéma, on ne se dira pas transcendé par ce drame romantique intelligent, mais propose une oeuvre tendre, un peu naïve, peut-être trop gentille mais sensible et pleine de grâce, dans laquelle le médium cinématographique est largement optimisé, pour offrir une expérience délicate.