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Critique : Visages, Villages d’Agnès Varda et JR

La douceur d’un documentaire fait avec le coeur

Affiche de Visages, Villages de Agnès Varda et JR

On ne présente plus Agnès Varda, grande dame, figure emblématique du cinéma français. Pour Visages, Villages, la réalisatrice, plasticienne, s’est alliée à l’un des photographes les plus en vogue de sa génération : JR. L’un s’impose déjà comme un grand nom du street art, de la photographie urbaine à grande échelle, et l’autre comme une artiste douce, mais néanmoins caractérielle, et ensemble, ils vont parcourir la France, au gré des souvenirs et des expériences de chacun, pour créer à deux.

Le documentaire, présenté hors compétition lors du dernier Festival de Cannes, a majoritairement ému. Les larmes d’Agnès Varda durant la standing ovation restera d’ailleurs un moment fort de cette dernière édition cannoise. Mais qu’en est-il du film ?

Il s’agit d’un documentaire très écrit. Si certains documentaires laissent une grande marge de manoeuvre en fonction de leur sujet, Visages, Villages, se structure comme un road trip de fiction. Et parfois ça fonctionne, et parfois pas du tout… Les moments « joués » par les deux réalisateurs rythment le long-métrage, et c’est assez agréable. Car le film se construit comme une succession d’anecdotes, de moments de vie ou de création, eux-mêmes rattachés à l’histoire personnelle de JR ou d’Agnès Varda. Ce qui est plus dérangeant en revanche, c’est que ni l’un ni l’autre ne sont acteurs, et parfois ça sonne faux. Prenons l’ouverture. Agnès Varda et JR font semblant de se croiser sans se voir, dans plusieurs situations de la vie quotidienne, avec par dessus leurs propres voix-off. « Nous ne nous sommes pas rencontrés à la boulangerie » « nous ne nous sommes pas non plus rencontrés sur la route » etc. Adorable, joli, un peu poétique, mais légèrement à côté en terme de ton, et surtout pas vraiment raccord avec la sincérité du reste du documentaire.

La bande originale a été composée par Mathieu Chedid, et étrangement, pas de paroles, de jeux de mots ou de rythmes africains, le musicien s’est adapté à la douceur et à la simplicité du film, pour donner lieu à des créations musicales qui passent vraiment en second plan dans le film.

On en apprend beaucoup sur les auteurs/protagonistes. Et pas comme si les artistes qu’ils sont étaient les sujets du film, au contraire, c’est dans leurs moments de création que l’on découvre vraiment qui ils sont. Par exemple, Agnès Varda et JR vont à la rencontre de trois femmes de docker, et vont faire des portraits d’elles afin de les imprimer et de les coller en grand sur des containers. Grace à cette interaction, nous entrons dans la sphère intime de ces femmes, leurs rapports à leurs maris, mais c’est également une porte ouverte sur les processus de création, mais également sur les réflexions des deux artistes sur le monde qui les entoure.

En revanche le film transpire de sincérité. Et même les moments « mis en scène » sont véritablement touchants. On ne peut qu’aimer la fougue de JR, sa joie de vivre et surtout son talent. La manière incroyable qu’il a d’aller vers les gens et de faire d’eux des oeuvres d’art. Et il faut être insensible pour ne pas avoir les larmes aux yeux lors de la séquence finale. Agnès Varda a du mal à mettre ses émotions de côté lors de la dernière intrigue (un rendez-vous avec Godard), et nous sentons bien à ce moment là que rien n’a été anticipé pour cette dernière partie.

In fine, le documentaire n’a rien de révolutionnaire, mais il remplit son pari, faire un film sincère sur la passion de deux artistes qui souhaitent partager leurs créations au travers d’histoires humaines. Deux caractères, deux méthodes de travail, mais un amour commun pour les gens et les rencontres.