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Critique : Voir du Pays de Delphine et Muriel Coulin

C’est comment le retour après la guerre ?

Affiche de Voir du Pays de Delphine et Muriel Coulin (2016)
Affiche de Voir du Pays de Delphine et Muriel Coulin (2016)

Deux jeunes militaires, Aurore et Marine, reviennent d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression, où on va les aider à « oublier la guerre ». Mais on ne se libère pas de la violence si facilement…

Prix du scénario de la section Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes, Voir du Pays débarque dans nos salles. S’il a gagné ce prix, c’est que forcément il y a un atout scénaristique ayant un intérêt. Son postulat de départ a très peu (voire jamais ?) été montré à l’écran. Delphine et Muriel Coulin ont pu exploiter aspect de sas de décompression au mieux.

Cet inédit et il fallait le faire. A l’heure où les films de guerre sont légions et, les films de soldats de retour presque aussi nombreux, il était intéressant de voir qu’il y a un entre-deux. Ce sas qui permet aux soldats de retour de guerre de faire le point sur ce qu’ils ont vécu permet d’aborder ce sujet avec un œil neuf. L’armée met ce dispositif en place dans le but, ou plutôt l’espoir, d’idéalement expier les traumatismes de ses troupes ou, au moins, les atténuer avant le retour dans les familles. Tout cela est évidemment très théorique. Beaucoup de soldats se pensent assez solides que pour ne pas avoir besoin de cela mais, rapidement, les carapaces se brisent et fait éclater le semblant de sérénité qu’il y a en surface. Les tensions et non-dits qui étaient enfouis explosent.

Aurore et Marine vont l’expérimenter de manière différente. L’une d’elle était déjà très tendue avant même le début de cette période de transition tandis que l’autre avait l’air de le vivre bien mieux. Au fil des tests et des rencontres, leur relation va évoluer au point de d’atteindre un point de non retour qui ne pourrait être réglé qu’avec un événement salvateur. Les témoignages, l’impuissance, l’inaction et la hiérarchie sont certains des événements déclencheurs du profond mal-être qui mine les soldats. Au bout de ces 3 jours à Chypre, Aurore et Marine ne partiront pas transformées mais, probablement un peu plus apaisées.

Extrait de Voir du Pays de Delphine et Muriel Coulin (2016)
Extrait de Voir du Pays de Delphine et Muriel Coulin (2016)

C’est avec beaucoup de recul que Delphine et Muriel Coulin ont abordé leur sujet. Leur mise en scène est simple, pure afin que ce qui se déroule à l’écran soit le plus brut possible. La photographie va dans cette même veine puisque très épurée. Rien n’est clinquant ce qui contraste éminemment avec le lieu dans lequel se déroule le film. Cet endroit festif, limite de débauche qu’est un all-in 5 étoiles à Chypre est le contre-pied idéal. Une réplique d’un soldat trouvant bizarre le concept de sas quand tu passes de la burqa au string en est le parfait exemple.

Ce soldat est interprété par Karim Leklou, comédien vu dans Coup de chaud et prochainement dans Réparer les vivants. C’est un comédien à surveiller de près qui a la épaules qu’il fallait pour tenir tête à Ariane Labed et Soko, les comédiennes jouant Aurore et Marine. Elles forment un superbe duo. Il fonctionne car elles ont chacune beaucoup de personnalité et tiennent facilement tête à tous ces hommes. Les choix de casting s’avèrent être payants sans l’ombre d’un doute.

Voir du Pays est une réussite qui fait du bien dans le paysage cinématographique français. Le sujet est bien traité alors que ça aurait pu être casse-gueule puisque ténu mais, le scénario et le montage font le boulot pour rendre tout cela attrayant et digeste. La mise en scène et le casting font le reste assez facilement.