A l'affiche, Cannes 2018, Critiques de films

Critique : Wildlife de Paul Dano

Clap première

Dans les années 60, Joe, un adolescent de 14 ans, assiste impuissant à la lente dégradation des rapports entre son père et sa mère.

On connaît Paul Dano depuis de nombreuses années pour ses rôles dans des films forts et engagés. Little Miss Sunshine, There will be blood, Prisoners, les films de qualités ne manquent pas dans sa filmographie. Il y a quelques années, il a commencé à collaborer avec sa compagne, Zoé Kazan. Cette collaboration donne aujourd’hui naissance à la première réalisation du néo-metteur en scène Paul Dano.

Il est question d’une famille qui vit dans l’Oklahoma en 1960. Ils viennent de déménager, le père a un petit boulot dans un resort de golf, la mère reste au foyer et le fils tente tant bien que mal de s’adapter. Quand le père va perdre son emploi, tout l’équilibre familial va se retrouver être chamboulé. Pour garder des revenus, il va partir se battre contre les feus de forêts qui menacent la ville. Il va donc être séparé de sa famille pendant plusieurs semaines, famille qui va devoir s’adapter une fois encore. Cette nouvelle situation va créer une réelle tension dans le couple.

Le schéma narratif est très classique puisqu’il explore les tensions d’un couple comme beaucoup l’ont déjà fait avant. Ce qui rend le récit un peu plus intéressant, c’est qu’il se concentre essentiellement sur le point de vue du fils qui, suite au départ de son père pour combattre les feux de forêts, va voir le déclin de sa mère. Absence masculine, devoir de trouver un travail pour avoir des revenus, la vie de la femme va être chamboulée fameusement et le couple se déchirer petit à petit. Le rôle du fils est central, primordial car c’est avec lui que les spectateurs sont. Alors que l’histoire comporte son lot de révélations, situations gênantes et rebondissements intéressants, le récit peine à passionner et tombe dans un profond ennui lors de plusieurs passages. La faute sans doute à la distance trop importante qu’ont les spectateurs avec les personnages des parents.

Il n’empêche que cela reste une œuvre qui se tient bien. Que ce soit dans le récit, la mise en scène, les personnages ou bien les comédiens, tout est très maîtrisé, effectué avec talent. Paul Dano a une mise en scène très conventionnelle mais distille ci et là quelques idées de plans intéressantes et fulgurances qui dynamitent la narration et mettent en lumière le talent de ses comédiens, Ed Oxenbould (qui incarne le fils donc) en tête. Il est évident que le talent de Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan n’est plus à souligner. Chacun dans son style apporte de l’énergie au récit et livre une jolie prestation.

Au final, Wildlife est un premier essai plutôt bien réussi bien qu’il souffre de grosses lacunes scénaristiques qui ne peuvent empêcher l’ennui de sérieusement s’installer à plusieurs reprises. Il témoigne toutefois d’un talent, à confirmer, de mise en scène en ce qui concerne Paul Dano. On est curieux de voir la suite de sa carrière de réalisateur !