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Critique : Wind River de Taylor Sheridan

Quand Taylor Sheridan passe à la mise en scène

Affiche de Wind River

Cory Lambert est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue élucider ce meurtre. Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature…

L’accroche de cet article est quelque peu mensongère. Techniquement, Wind River ne marque pas les débuts de Taylor Sheridan à la réalisation. On lui doit déjà Vile, tourné au début des années 2000. Il se fait que Sheridan n’apprécie pas le film et tente de le faire oublier. C’est tout de même surprenant qu’il ait pu concourir à la caméra d’Or, compétition récompensant le meilleur premier film lors du dernier festival de Cannes. Soit, Taylor Sheridan s’est surtout fait connaître ces dernières années pour avoir écrit les scénarii de Sicario et Comancheria, deux belles réussites dont le succès tenait pour beaucoup au scénario. Wind River faisait partie de nos attentes pour 2017, autant dire que nous étions curieux de voir le résultat. Verdict ?

Les premiers échos ne se valaient guère rassurants. Beaucoup parlaient de gros plantage. Or, rien de tout ça. Si Wind River n’est pas transcendant et clairement moins bon que Sicario ou Comancheria, il n’en reste pas moins un plaisir de cinéma avec plusieurs grandes qualités. Le film flirte entre le thriller, le film policier et le vigilante movie. On suit Cory Lambert, un agent d’un département qui se consacre à l’environnement. Il est également pisteur. Son territoire comprend une réserve indienne. La découverte du corps d’une jeune fille complètement congelé va l’amener à devoir faire au FBI. Mais une enquête de si faible importance, au fin fond du Wyoming, c’est loin d’être prioritaire. C’est une bleu qui débarque pour enquêter. Dans Wind River, il n’y a pas de multiples arcs narratifs qui viennent parasiter le déroulement du film. Le scénario se concentre sur l’enquête, sans oublier de creuser et développer ses personnages. Cela, Taylor Sheridan le fait bien.

Ce qu’il fait également assez bien, c’est mettre en scène. Bien que le prix de la mise en scène qu’il a gagné à Cannes – le film concourait dans la section Un Certain Regard – soit un peu exagéré, il y avait bien mieux à se mettre sous la dent (coucou Michel Franco), Taylor Sheridan a tout de même un certain talent à ce niveau. C’est loin d’être original, c’est même assez classique mais, on remarque plusieurs idées de plans et cadrages qui ne manquent pas d’intérêt. Sheridan se range plus du côté du faiseur que du génie mais il n’empêche qu’il a possiblement un avenir dans la réalisation en plus de celui de scénariste. En tout cas, il sait s’attacher car, comme pour Comancheria, c’est Warren Ellis, le comparse de Nick Cave, qui s’occupe de la musique. Ce n’est pas la meilleure partition du maître mais elle fait tout de même son petit effet.

Avec les galons gagnés en tant que scénariste, il ne fut pas trop compliqué pour Taylor Sheridan de s’attacher les services d’acteurs talentueux. C’est comme ça qu’il a réussi à avoir des personnes comme Jeremy Renner et Elizabeth Olsen. Tous deux se connaissent bien puisqu’ils font tous deux partie des Avengers et que leurs personnages respectifs, Scarlet Witch et Hawkeye sont liés. A nouveau se faire face dans Wind River n’était donc pas compliqué. Bien qu’ici leurs personnages soient moins proches que ceux d’Avengers, on voit tout de suite une certaine aisance dans leur jeu. Tous deux livrent une solide prestation, tout comme le reste du casting qui comprend Jon Bernthal dans un petit rôle.

S’il ne confirme pas tous les espoirs placés en lui suite à son excellent travail de scénariste sur Sicario et Comancheria à cause de petits défauts, ce qui n’est pas anormal, Taylor Sheridan se positionne tout de même comme étant un réalisateur capable de proposer un travail tout à fait correct et prenant. Il se paie le luxe d’avoir un excellent casting mais également celui qui doit être l’un des compositeurs les plus en vue du moment, Warren Ellis. Wind River est donc une « première » satisfaisante.