Non classé

Critique : Zarafa, de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie

Après un Heureux évènement, Rémi Bezançon entre pour la première fois dans le monde de l’animation et collabore avec Jean-Christophe Lie (auteur du célèbre Kirikou), pour l’humaniste et très beau Zarafa.

 

Zarafa, de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie (2012)
Zarafa, de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie (2012)

 

Sous un baobab, un vieil homme raconte aux enfants qui l’entourent une histoire : celle de l’amitié indéfectible entre Maki, un enfant de dix ans et Zarafa, une girafe orpheline, cadeau du Pacha d’Egypte au roi de France Charles X. Hassan, prince du désert, est chargé par le Pacha de conduire Zarafa jusqu’en ramener la girafe sur sa terre natale, va les suivre au péril de sa vie. Au cours de ce long périple qui les mènera du Soudan à Paris, en passant par Alexandrie, Marseille et les Alpes enneigées, ils vont vivre mille péripéties et croiser la route de l’aéronaute Malaterre, des étranges vaches Mounh et Sounh et de la pirate Bouboulina…

 

 

Comme tout bon film d’animation qui se respecte, Zarafa transmet beaucoup d’émotions par son esthétique visuelle. La « faute » à des dessins joliment faits, avec une technique que l’on aperçoit très distinctement. Sur tous les personnages, sont apparents les coups de crayons (traits de visages) et n’est pas sans rappeler tout le charme du Disney d’antan. Cela rend le dessin beaucoup plus vivant, et nous donne vraiment l’impression que nous regardons défiler les images directement sur le papier. Les dessinateurs ont également utilisé l’aquarelle pour dessiner les différentes étapes du voyage de nos héros. L’utilisation de l’aquarelle apporte beaucoup plus de nuances que les couleurs numériques récurrentes de nos jours. Un postulat et un choix artistique qui permet à Rémi Bezançon de critiquer la 3D et de la définir comme un outil commercial. Contestable, surtout si la 3D est utilisée d’un point de vue artistique, magnifiant ainsi l’oeuvre (Hugo Cabret, par exemple).

 

Extrait du film Zarafa (2012)
Extrait du film Zarafa (2012)

 

Physiquement très attrayant, Zarafa n’en reste pas moins captivant et intéressant dans le traitement de ses thèmes. L’Histoire tient un rôle central, un fil rouge qui amène une certaine justesse, parfois un peu réductrice pour l’occasion. Par exemple, les réalisateurs ontvoulu montrer le « réel » visage des Français, c’est-à-dire mesquins, barbares et supérieurs, tout en exagérant un poil le personnage de Charles X, à l’opposé du Pacha d’Egypte. Flirtant avec un certain manichéisme (loin d’être inaproprié d’ailleus), les Africains sont de l’autre côté, généreux, jovials, accueillants, etc. Le fait d’avoir  représenter comme tels les personnages montre très bien le message qu’on voulu faire passer les scénaristes, manquant peut-être d’objectivité (public visé?). Les scénaristes donnent également la parole à Zarafa, ce qui renforce le côté merveilleux du film, et par la même, humanise cette célèbre girafe. Avait-on réellement besoin de cela?

 

Il ne faut pas oublier que cette histoire est un fait réel. En 1826, la première Girafe arrive sur le sol français. Ce n’est qu’en 1827 que Zarafa fut l’objet d’une « girafomania », c’est-à-dire une réelle fascination de la part de la population autour de cet animal « rare ». Ce film retrace son histoire, avec le regard Maki, avec qui elle forme un duo attachant.

Elle vécu 18 ans, sa dépouille naturalisée est actuellement conservé au Muséum d’Histoire Naturelle de La Rochelle.

 

L’avis : Un très bon film d’animation, joli, piquant et pertinent, aussi taillé pour les petits que pour les grands.