Cannes 2016, Critiques de films, Drame

Critique : Divines de Houda Benyamina

Rayonnantes. 

Affiche de Divines de Houda Benyamina (2016)
Affiche de Divines de Houda Benyamina (2016)

Dans un ghetto où se côtoient trafics et religions, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

Divines est probablement l’une des sensations fortes du Festival de Cannes 2016, véritable vent de jeunesse et d’énergie au sein d’un palmarès « convenu. » Le film est à l’image de sa réalisatrice : dynamique, imprévisible, surprenant mais toujours maîtrisé.

Les premières minutes nous invitent à être témoin de l’amitié de longue date entre les deux personnages principaux, Dounia et Maimouna, à travers des extraits de vidéos filmées au Iphone. Derrière ce qui s’apparente à un effet de mode (mélanger les formats d’images HD avec des tranches de vie captés au téléphone), Houda Benyamina dévoile son jeu sans pudeur : son film sera sans concession aucune, démarche audacieuse venant du cinéma français lui-même, d’ordinaire ronflant ou condescendant lorsqu’il s’agit de poser sa caméra face à société et à ses mœurs.

Bien que les thèmes abordés ici sont maintes fois revisités dans le domaine du film dit de « banlieue », à savoir la soif de reconnaissance sociétale de ses citoyens les plus démunis, Houda Benyamina aborde son sujet de gloire et de décadence avec une touche américaine dans la mise en scène, les dialogues et le jeu d’acteur. Les lignes de dialogues sont ici brèves, faisant la part belle à l’authenticité du parler « cité », un style particulièrement difficile à retranscrire sur papier, sans paraître caricaturale.

Extrait de Divines de Houda Benyamina (2016)
Extrait de Divines de Houda Benyamina (2016)

Les plans extérieurs sont froids et ne dissimulent nullement la vétusté du quartier. Les plans d’intérieur, quand à eux, jouissent d’une colorimétrie très variée, allant de la dorure chaleureuse d’un théâtre à la lumière mystique d’une salle de prière, qui perce les rideaux.

Au premier abord, Houda Benyamina nous dévoile un dehors dangereux et sale dans lequel les personnages se heurtent, se confrontent violemment. La moindre conversation en extérieur se fait dans les cris, parfois les pleurs. L’intérieur nous offre des instants de répit, parfois de rêveries lors des scènes de danses au théâtre. Mais cette apparence scénaristique s’en retrouve bouleversée au dernier quart du film, l’intérieur devient lieu de violence physique, de combat, d’amour brutal, de menace, de flammes… Le spectateur se retrouve comme les personnages, prisonniers de leurs repères géographiques et moraux, tandis que l’ascension tant attendue était enfin à portée de plan, c’est la chute qui nous entraîne tous. Noir, rideau. Fin de la projection. Le film se termine au meilleur moment possible, là où l’intrigue s’achève et nous épargne un épilogue inutile.

Divines n’est pas un film de banlieue à voir. Divines est un film à voir, tout simplement. C’est un film qui nous parle de notre rapport à la frustration, aux autres à travers le prisme des apparences et de nos désirs inavoués. Houda Benyamina nous interroge sur notre place dans la société du spectacle et des conséquences, non seulement d’y vivre mais aussi de vouloir s’en soustraire. Sans compter une grande maitrise technique, le film mérite amplement les honneurs de la Caméra D’Or de Cannes.