Deauville 2016, Festivals

Festival de Deauville 2016 : Bilan et Palmarès

Films socialisme.

Affiche du Festival de Deauville, édition 2016
Affiche du Festival de Deauville, édition 2016

Au lendemain de la clôture de ce 42ème Festival du cinéma américain de Deauville, on dresse un bilan plutôt positif de cette édition malgré les dires de certains professionnels invités et des petits vieux de la ville qui remplissent les salles qui font état d’une sélection assez faible.

De notre côté on s’est quand même bien pris au jeu en engloutissant 28 films (dont In Dubious Battle de James Franco deux fois) en sept jours et demi. On est donc sur du quatre films par jour, un bon rythme à la Ira Sachs qui disait en présentation de Brooklyn Village avoir vu 197 films pendant les trois moi où il a vécu à Paris

Premier bilan personnel, on a excellé sur les films de la compétition (tous vus à l’exception de Mean Dreams de Nathan Morlando) et les avant-premières (on a préféré interviewer Ira Sachs que de voir Eye in the Sky de Gavin Hood et la folie autour de Daniel Radcliffe a rendu inaccessible les deux séances simultanées d’Imperium à moins d’être prêt à faire une heure et demie de queue) mais en négligeant les documentaires et les rétrospectives.

Concernant les documentaires de l’Oncle Sam faut dire aussi qu’on a pas été gâté notamment cette double poisse concernant Where to Invade Next avec la défection de dernière minute de Michael Moore et cette projection presse matinale mystérieusement annulée sans crier gare. Du coup nous n’avons vu que le documentaire de Pierre Filmon sur Vilmos Szigmond ce qui est bien dommage puisque Et la Femme créa Hollywood (sur la place fondamentale des femmes à Hollywood), Nuts! (faux docu sur un chirurgien greffant des testicules de bouc à des hommes impuissants), Midnight Return (sur l’homme qui a inspiré Midnight Express) ou The Bandit (à propos de la relation entre Burt Reynold et son ami/doublure/coloc’ Hall Needham) faisent très envie malheureusement c’est la dure loi du planning en festival.

De même pour les rétrospectives, nous avons complètement zappé Stanley Tucci (même si c’était l’occasion de revoir le très bon Margin Call) et Michael Moore (alors que çafait toujours quelque chose de revoir Bowling for Columbine ou Farhenheit 9/11 et de découvrir ses deux premiers que nous n’avons pas vu), seul James Franco a eu cet honneur puisque nous avons découvert Tandis que j’agonise, son seul film a avoir été distribué en France.

Pour ce qui est de la compétition, on s’éloigne du pessimisme ambiant parce que nous avons vu malgré tout de très beaux films. Certes l’ensemble est mitigé mais ce serait franchement rabat-joie de ne pas se réjouir devant les quelques très bons films qu’on a eu le privilège de découvrir. Ceux-ci sont, comme par hasard, l’oeuvre de réalisateurs confirmés : Brooklyn Village d’Ira Sachs présent pour la quatrième fois à Deauville, Certain Women de Kelly Reichardt (Grand Prix en 2013 avec Night Moves) ou encore Le Teckel de Todd Solondz (un Prix du Jury en 1996 égalité avec les Wachowski). Tous trois continuent d’explorer avec leur ton habituel les thèmes importants de leur cinéma et même si ces trois films ne sont pas les chef-d’oeuvres de leur carrière, ils sont néanmoins sidérants dans leurs qualités scénaristiques et de mise en scène.

Avec Brooklyn Village, Ira Sachs observe minutieusement l’évolution lente de Brooklyn et comment ce capitalisme transforme le voisinage, il filme sans concession les querelles financières des adultes et avec une grande tendresse la relation de ces deux enfants. Kelly Reichardt trouve esthétiquement un des sommets de sa carrière avec Certain Women (tourné en 16mm donc suffisamment rare pour être signalé) dans ce portrait de quatre femmes dans le Montana, l’écriture est peut-être un peu trop épuré mais les émotions sont intactes chez les actrices et dans la mise en scène. Todd Solondz était la caution absurde du festival avec son Teckel, film à sketchs aussi drôle que bouleversant épousant toutes les angoisses du réalisateur (la dépression, la vieillesse, la solitude), passant avec une facilité déconcertante de l’onirique à la scatophilie, Solondz livre un film instable et très plaisant.

On a ajoute à celà deux films lumineux, qui nous ont offert nos plus beaux frissons de cinéma cette semaine avec Captain Fantastic de Matt Ross, acteur confirmé qui passe derrière la caméra avec ce récit anti-capitaliste (un père élève seuls ses enfants dans la forêt en opposition à la société contemporaine) d’un humour ravageur dans sa première partie pour glisser progressivement vers un film de famille déchirant et Sing Street de John Carney, histoire touchante d’un ado qui monte un groupe de pop pour séduire une fille plus âgée dans le Dublin des années 80, qui séduit par son énergie contagieuse, ses personnages superbement écrits et sa B.O génialement kitsch.

On regrettera la faiblesse globale des oeuvres de jeunes réalisateurs en compétition, souvent très sur-stylisées pour cacher un scénario un peu court et superficiel (Teenage Cocktail, The Fits dans une moindre mesure) ou à l’inverse un scénario bien lourdingue que la mise en scène ne parvient jamais à faire décoller (Goat, Transfiguration et un peu Christine aussi).

Il y a aussi le symptome du film à fort potentiel, au scénario très juste, à la mise en scène affirmée et au superbe casting qui se plante toujours dans son dernier tiers en tirant un peu trop en longueur (Complete Unknown de Joshua Marston, Transpecos de Greg Kwedar, The Free World de Jason Lew). Ce sont néanmoins des films très solides dans leur construction (et souvent très beaux) qu’il ne faut pas négliger à l’image d’autres oeuvres très convaincantes qu’on a vu en avant-première : Comancheria de David Mackenzie, Free State of Jones de Gary Ross, In Dubious Battle de James Franco et surtout deux biopic jazz franchement excitants : Born to be Blue de Robert Budreau sur Chet Baker (sublime Ethan Hawke) et Miles Ahead réalisé et joué par un excellent Don Cheadle.

Pour ce qui est du palmarès, on trouve pas grand chose pour se plaindre si ce n’est l’évidence de récompenser le film « politique » ou au moins avec un message sur la société. Ce n’est pas étonnant cependant dans une sélection dominée par les révoltes paysannes et les saillies anti-libérales (Captain Fantastic, In Dubious Battle, Free State of Jones, Comancheria, Brooklyn Village) mais on regrette la mauvaise habitude des festivals du monde entier de toujours récompenser les films au propos social explicite. Dans le genre, un film comme Sing Street en dit beaucoup sur l’Irlande des années 80 (le chomage, l’alcoolisme, la guerre) mais cela est une dimension supplémentaire au scénario, une toile de fond à cette histoire adorable.

On ne va quand même pas se plaindre, le jury de la compétition a su récompenser les meilleurs films de cette compétition (au contraire de la critique qui s’est bien plantée avec The Fits).

Grand Prix :

Brooklyn Village (Little Men) d’Ira Sachs

Prix du Jury :

Captain Fantastic de Matt Ross / Le Teckel (Wiener Dog) de Todd Solondz

Prix de la critique (on arrive toujours pas à comprendre pourquoi mais les sifflets dans la salle était de trop) :

The Fits d’Anna Rose Holmer

Prix du public de la ville de Deauville (Sing Street aurait été parfait et ne méritait de repartir primé) :

Captain Fantastic de Matt Ross

Prix de la révélation (on en rigole encore et Solondz aussi probablement) :

Le Teckel (Wiener Dog) de Todd Solondz