Deauville 2016, Festivals

Festival de Deauville 2016 : Jour 7

Théâtre > Danse

Affiche du Festival de Deauville, édition 2016
Affiche du Festival de Deauville, édition 2016

Dernière journée de compétition à Deauville avant un samedi dédié au rattrape des films (ce qui nous permettra d’enfin voir Certain Women de Kelly Reichardt) et bien sûr à la Cérémonie de Clôture suivie de l’avant-première de War Dogs de Todd Philips. On voit le film le matin même en projection presse et on fait impasse sur la Cérémonie bien qu’on soit fort déçu de rater le toujours génial Jonah Hill (faut pas organiser ça en même temps qu’un Liverpool-Leicester aussi…). Pas d’inquiétude on se fera quand même une joie de commenter le palmarès dans notre bilan final du Festival.

Journée particulière donc aujourd’hui puisqu’on a pu découvrir les deux derniers films de la compétition en commençant par Brooklyn Village, dernier film d’Ira Sachs (qui vient pour la quatrième fois à Deauville) dans une salle malheureusement pas tout à fait pleine. C’est bien dommage parce que Brooklyn Village est un des plus beaux films qu’on a pu voir cette année (avec le Captain Fantastic de Matt Ross et Sing Street de John Carney). Le film traite avec sensibilité de la relation entre une famille qui vient d’arriver dans l’immeuble dont elle a hérité et la gérante de la boutique du rez-de-chaussée qui refuse de voir son loyer augmenter et comment ces querelles d’adultes vont rejaillir sur les enfants de chaque foyer pourtant très amis.

Ira Sachs continue de creuser les même thèmes depuis plusieurs films notamment l’évolution lente de sa ville de New-York. Comme dans Love is Strange qui avait été un grand succès critique il y a deux ans, il montre non sans appréhension et avec un certain fatalisme comment Brooklyn se gentrifie. Tel un sociologue, Sachs montre à quel point il est compliqué de résister à la loi du marché immobilier malgré tout l’attachement qu’on a pour son voisinage.

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Ira Sachs pour la présentation de Brooklyn Village

Il y a à la fois une pointe de nostalgie dans se propos mais ça dénote avant tout de cet attachement d’Ira Sachs pour ce New-York d’artistes à l’image de celui de Woody Allen. On en revient aussi aux comparaisons habituelles chez Sachs notamment avec Ozu dans la manière de filmer avec beaucoup de délicatesse les relations familiales et avec Douglas Sirk quand il aborde le regard de la société sur une minorité. Mais ce serait réducteur de réduire Sachs à ses influences tant il a une manière assez unique d’aborder le sujet, un rythme et un ton bien à lui qui confèrent au film une mélancolie, une simplicité et un léger désespoir bouleversant. Sachs est aussi un grand directeur d’acteurs, les deux gamins sont excellents (surtout Michael Barbieri dans son cours de théâtre) et plein de fougue mais c’est surtout Greg Kinnear en père de famille/acteur de théâtre en galère qui emporte tout sur son passage par son regard d’une tristesse infinie.

Ce n’est clairement pas le meilleur film de son auteur mais Brooklyn Village est un film extrêmement subtil, pertinent à la fois ludique et touchant qui brille par le regard tendre de son réalisateur sur ses personnages magnifiquement incarnés.

Grand moment à 15h au CID pour la présentation de l’ultime film de la compétition, The Fits d’Anna Rose Holmer (et c’est la qu’on remarque enfin que cette compétition manquait cruellement de mixité). On profite une dernière fois du surréalisme des avant-séances et on observe religieusement cette routine invariable depuis quelques jours : le réalisateur et scénariste/producteur de Transpecos présents pour tous les films présentés au CID depuis qu’ils ont présenté le leur mercredi après-midi (et ça c’est cool), Frédéric Mitterand debout face à son jury pour mettre l’ambiance lors de l’arrivée de l’équipe du film dans la salle et surtout les applaudissements pour le régisseur qui retapisse la scène avant le début du film.

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Anna Rose Palmer lors de la présentation de The Fits

On est venu sans savoir rien de The Fits, premier film à propos d’une gamine qui abandonne la boxe pour s’adonner à une variante du hip-hop.

Après 25 premières minutes un peu poussives en raison d’un académisme mortel (la fille fascinée par la danse mais traitée de garçon manqué par les autres filles parce qu’elle pratique la boxe), The Fits poursuit une trajectoire assez plaisante en s’enfonçant petit à petit dans l’étrange et le film de genre (les filles du groupe sont victimes de curieuses syncopes mais on en dira pas plus). La dérivation du réalisme vers le fantastique fonctionne assez bien mais le film est bien trop répétitif, il répète le même schéma en boucle sans aucune variation narrative ou de mise en scène. Résultat on se retrouve à regarder sa montre un paquet de fois alors que ça ne dure même pas une heure et demie. De plus il reste un peu flou dans ses intentions, on voit bien qu’il crie sur tous les toits qu’il s’agit là d’une grande métaphore de l’adolescence mais on cherche encore à comprendre de quoi ces convulsions sont le symbole (La puberté ? Bizarre vu l’âge de certaines mais si c’est le cas à a malheureusement déjà été fait l’année dernière avec It Follows de David Robert Mitchell monumental film horrifique sur le passage à l’âge adulte). Même si le film a de bonnes idées de mise en scène (ces chorégraphies sans musique avec juste le son des mouvements sont des moments superbes), le scénario est beaucoup trop dépouillé et prévisible pour tenir sur un format de long-métrage. Et on dit pas ça juste pour la vanne, The Fits aurait vraiment pu être un excellent court-métrage s’il avait eu un montage plus dense parce qu’entre deux sessions de danse on s’ennuie fermement.

Le film s’achève à peine qu’on se rend au Kiehl’s Club juste en face du CID puisqu’on a rendez-vous avec Ira Sachs pour une petite interview. On vous dit rien du contenu pour le moment, vous saurez tout dans quelques jours quand on publiera le compte-rendu de cette rencontre au moment de la sortie du film. Néanmoins on peut vous dire que notre anglais balbutiant n’a pas été un frein pour Sachs qui a répondu avec précision et envie à toutes nos questions. Très humble, posé et partageur, tout comme ses films tiens, il nous a impressionné par sa disponibilité (on avait 20min, ça en a duré 25 sans jamais montrer un signe de lassitude) mais surtout par sa culture et son engagement.

C’est donc sans aucun regret qu’on a raté la Première d‘Eye in the Sky de Gavin Hood car pour rien au monde on aurait échangé cette intense leçon de cinéma par le réalisateur d’un des plus beaux films du festival. Ira Sachs, un homme en or (vous l’avez ?).

Mais le grand événement de la soirée c’était surtout l’hommage rendu à Daniel Radcliffe dans la section « Nouvel Hollywood » qui consacre chaque année une actrice et un acteur et la projection du film Imperium de Daniel Ragussis dans lequel il joue un agent du FBI infiltré dans un groupe néo-nazi qui prépare un attentat. Et ouais, Harry Potter a bien grandi. On aurait beaucoup aimé le voir tabasser des skinheads mais les attachés de presse du festival nous avaient prévenu que c’était censé être la soirée la plus importante du festival (Radcliffe qui attire plus que James Franco ou Jonah Hill ? Dans quel drôle de monde on vit…). Ils ne se sont pas trompés, il était presque impossible d’avoir une invitation pour le grand spectacle au CID (surtout quand on se pointe au bureau de presse après 15 heures) et la séance simultanée avec retransmission en direct de l’hommage affichait déjà une file d’attente considérable devant le Morny une heure et demie avant la séance. Ça nous embête pas mal parce que le film n’a toujours pas de date de sortie française mais vu les premiers retours pas très gentils, on devrait pouvoir prendre notre mal en patience.  D’après ce qu’on nous a dit, Radcliffe est très bon dedans en plus d’avoir été très sympa, humble et disponible pendant la cérémonie, c’est cool mais maintenant on espère vraiment qu’il fasse une carrière à la Pattinson.