Deauville 2016, Festivals

Festival de Deauville 2016 : Jour 8

Date Limite.

Affiche du Festival de Deauville, édition 2016
Affiche du Festival de Deauville, édition 2016

Alors que War Dogs est présenté ce soir en clôture du Festival, on fait parti de la poignée de courageux présents à 9h au Morny pour découvrir le film en projection presse. C’est généralement une mauvaise idée parce qu’un film de Todd Phillips n’est pas tellement fait pour être vu sobre un matin, mais celui-ci fait figure d’exception.
On doit bien avouer qu’on a du mal à à comprendre où se situe War Dogs, le marketing laisse à penser à un gros divertissement dégénéré sur deux trafiquants d’armes amateurs. Or le film n’est jamais drôle, pire, on sent que la recette Phillips (gros casting, histoire folle et une B.O faite de classiques radio des 40 dernières années) commence sérieusement à s’essouffler. Non seulement on ne rigole pas mais Phillips désamorce tout élément sérieux par ses effets de style foireux donc on a un film qui a un peu le cul entre deux chaises et qui s’avère terriblement ennuyeux.
A cheval entre une comédie déjantée et une critique du néo-libéralisme américain, le film se rêve en Loup de Wall Street ou en The Big Short mais il n’a ni la puissance narratrice et de mise en scène du Scorsese ni cette ironie ravageuse et le casting du McKay.
Non seulement le film ne trouve pas le ton juste mais c’est même limite embarrassant de voir Jonah Hill et Miles Teller aussi mal employés vu leur potentiel comique respectif. Certes Todd Phillips n’a jamais été un grand réalisateur mais il y avait dans le premier Very Bad Trip ou dans Date Limite des situations cocasses, des bonnes punchlines et un rythme tranchant dicté par un montage survolté. Rien de tout ça ici, le film est beaucoup trop sage à l’image de son propos qui enfonce des portes ouvertes et se risque bêtement à rendre la guerre cool. Malheureusement War Dogs ne décolle jamais et ressemble plus à une parodie de Lord of War qu’au vulgaire défouloir politique qu’il aurait dû être.

Extrait de War Dogs de Todd Phillips (2016)
Extrait de War Dogs de Todd Phillips (2016)

Le pire dans cette affaire c’est que War Dogs a manqué de nous faire rater le dernier Kelly Reichardt (qu’on avait enfin l’occasion de rattraper) puisque les deauvillais étaient venus en masse pour voir des films avec leur pass journée et on a failli ne pas avoir de place.
Il est peu dire qu’on est enchanté par ce drame hypnôtique qu’est Certain Women tant on aime le style de Kelly Reichardt. Dans un magnifique format 16mm, Reichardt sublime quatre portraits de femme dans leur vie quotidienne à travers trois segments vaguement liés entre eux. Comme toujours chez elle les plans sont très contemplatifs, la photographie très élégante (entre ces lents mouvements de caméra et sa lumière très douce et contrastée), une pesanteur dans le rythme laissant la part belle au silence.
Beaucoup s’ennuie devant le style minimaliste de Reichardt or on le trouve passionnant dans la manière qu’elle a de se concentrer avant tout sur des sensations ou des sentiments en ayant recours le moins possible au dialogue. C’est un pur cinéma de mise en scène (même si le dialogue est l’élément qui a le plus besoin de mise en scène) dans le sens ou toutes les émotions passent par l’image, elles transparaissent par le cadre, le découpage, le montage.

Bien qu’on ait quelques réserves sur le scénario du film, qui nous plonge dans un moment de vie pour nous extirper trente minutes plus tard (dur moyenne d’un segment) pour passer brutalement à une autre personne, ces portraits sont si intenses qu’en une durée record Reichardt en dit très long sur ses personnages tout en laissait de nombreux blancs sur lesquel le spectateur peut projeter beaucoup de choses.

Certain Women est comme son nom l’indique un film de femme et il est nécessaire de dire que ce casting est d’une justesse inouïe avec Laura Dern (qui a le rôle le moins intéressant face à un excellent Jared Harris), une Michelle Williams toujours parfaite chez sa cinéaste fétiche et surtout un couple Kristen Stewart et Lily Gladstone qui nous rappelle que Reichardt n’est pas juste une grande esthète visuelle mais aussi une fantastique directrice d’acteurs/actrices.

C’est encore tout bouleversé par la pépite de Kelly Reichardt qu’on quitte Deauville s’apprêtant à recevoir Jonah Hill (qui boude les journalistes en raison de « l’incident » au Petit Journal où il a fait les frais du miss météo mal inspirée), Miles Teller et Todd Phillips. On s’autorise enfin un peu de repos entre du foot et le palmarès de Deauville et Venise puis on reviendra demain pour le bilan final du festival, un retour sur la compétition dans son ensemble et sur les prix attribués. On précise aussi que les jours qui suivent la fin du festival seront une occasion de publier les dernières critiques des films vus à Deauville et sur lesquels on a pris du retard (dont quelques récompensés d’ailleurs).