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Focus Japon : Hana-Bi de Takeshi Kitano (1997)

D’une violence sèche, brutale, Hana-Bi bénéficie toutefois de la poésie et de la grâce dont le cinéaste japonais possède le secret.

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Affiche d’Hana-Bi de Takeshi Kitano (1997)

L’intrigue du film suit Nishi, un flic chevronné confronté à la maladie incurable de sa femme et la paralysie d’un collègue policier, blessé lors d’une fusillade. Bouleversé, Nishi décide de quitter les services de police et emprunte de l’argent à un membre des yakuzas pour aider son ami paralysé et payer les frais d’hospitalisation de sa femme. L’ex flic se voit alors poursuivi par les sbires du gangster, en quête de leur remboursement.

Kitano reste un cinéaste très atypique, mais également très « Japonais ». Son sens de la mise en scène n’a d’égal que sa propension à détourner l’attention du spectateur avec des fulgurances de violence pour mieux faire passer certains plans à la symbolique très chargée. Le Japonais renoue en quelque sorte avec son personnage d’homme bourru, mélancolique et taciturne, déjà croisé notamment dans Violent Cop (1989) et Sonatine, mélodie mortelle (1993).

Mais la chose la plus intéressante présente en filigrane dans Hana-Bi demeure sa critique acerbe d’une société japonaise étouffée par le drap des apparences et des conventions. Sous la couche de respect des traditions, de politesse extrême, se cache une autre facette du Japon, violent et gangrené par la corruption, pris dans la course mortifère du capitalisme à outrance. Le personnage de Nishi envoie balader le système, transgresse la loi, puis passe la mesure, pète les plombs et se retrouve de l’autre côté de la barrière, face aux yakuzas qu’il combattait autrefois quand il était dans la police.

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Extrait d’Hana-Bi de Takeshi Kitano (1997)

En quelque sorte, Kitano se fait le catalyseur d’une révolution qui n’aura pas lieu, mais qu’il prend tout de même à sa charge. Il se mue en Jésus chassant les marchands du Temple et rejette la société de consommation pour se concentrer sur l’essentiel, vivre les derniers moments avec sa femme mourante, quitte à s’approcher le plus près de la mort, issue qui semble devenir la délivrance pour toutes les personnes qui oseraient justement s’élever contre un système qui broie, presse comme un citron et rejette ensuite. Tout cela est fabuleusement mis en images quand Nishi repeint sa voiture en la déguisant en voiture de police ; il s’empare des apparats de la loi, des propres corps constitués de la société et s’en sert pour mieux la subvertir et la piétiner.

Pour résumer, Hana-Bi est une œuvre majeure, sûrement le meilleur film de Takeshi Kitano, aussi fort émotionnellement que puissant philosophiquement. L’œil affûté du metteur en scène japonais n’a jamais été aussi percutant. À noter également la sublime partition composée par le maestro Joe Hisaishi, collaborateur attitré de Kitano et d’Hayao Miyazaki.