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Focus Japon : Tokyo Gore Police de Yoshihiro Nishimuran (2008)

Tokyo Gore Police ou l’apogée du « What the fuck » japonais.

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Affiche de Tokyo Gore Police de Yoshihiro Nishimura (2008)

Ruka a connu des moments difficiles dans son enfance/ début d’adolescence ; son père (chef de la police libre de Tokyo) a été assassiné devant ses yeux. La balle qui lui a explosé de crâne a également achevé l’innocence de Ruka. L’âge venu, elle s’engage dans les forces de l’ordre et combat « des mutants » qui terrorisent un Tokyo pseudo steam-punk-apocalyptique. Au travers de ses combats sanglants, elle remonte à l’origine de ces dégénérescences génétiques.

Yoshihiro Nishimura est un réalisateur japonais fasciné dès le plus jeune âge par les distorsions corporelles. Autodidacte et motivé, il apprend différents corps de métiers indispensables au septième art (réalisation, lumière, son, maquillage, effets spéciaux), et c’est cette dernière catégorie qui va lui donner du crédit. En 2003, il se charge même des effets spéciaux du très controversé Suicide Club de Sion Sono. L’univers de Nishimura explose de couleurs, de sang, de boyaux, et de scénarios rocambolesques, et on peut clairement dire que Tokyo Gore Police en est la quintessence.

Ruka kick des fesses de mutants et elle le fait bien. Elle est la petite protégée de la police privatisée de Tokyo, elle est chouchoutée, choyée et appréciée de ses collègues majoritairement masculins. Tel Bruce Wayne qui assiste au meurtre brutal de ses parents dans une ruelle sombre de Gotham city et se transforme en Batman, Ruka voit la cervelle de son père exploser en pleine manifestation par une balle tirée à bout portant et en transforme… en policière tout simplement, mais en policière super douée pour réduire à néant les méchants mutants. Bon on va pas se mentir, le scénario est un peu bateau (mais dans un univers post apocalyptique glauque) mais clairement on s’en fiche un peu de l’histoire, parce que si cet amoncellement d’images « What the fuck » avaient un sens, je pense qu’on se sentirait très mal à l’aise.

Extrait de Tokyo Gore Police
Extrait de Tokyo Gore Police de Yoshihiro Nishimura (2008)

Yoshihiro Nishimura est clairement déjanté, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme. Tokyo Gore Police n’est pas de très bon goût, je ne dis pas qu’il n’est pas drôle ou délirant, mais clairement, il n’est pas de bon goût. Si Cronenberg a défini le « Body Horror » Nishimura surexploite les travers du genre. Pour apprécier ce long-métrage, il ne faut pas être sensible au gore (bon en même temps, c’est dans le titre donc…) et surtout aimer le côté visqueux des transformations corporelles décalées. Personne ne s’attend à voir une femme mi-prostituée mi-alligator, ou si, une femme en bikini avec des écailles (à la limite), mais là non, en haut, c’est une femme sans poitrine (on ne se sait pas trop pourquoi) et en bas, une gueule d’alligator (oui oui une gueule avec des dents et tout). On retrouve aussi une femme escargot, un homme qui possède un pénis d’un mètre cinquante de haut qui tire des choses étranges (une arme que personne ne souhaite voir dans la vraie vie), des publicités de jeunes filles kawaii qui vantent les méritent de se tailler les veines avec des super petits rasoirs flashy, et une quête de vengeance en mini-jupe.

Extrait de Tokyo Gore Police de Yoshihiro Nishimura (2008)

Ce film est certainement le meilleur film du monde à voir en festival, pas n’importe quel festival, il doit être le meilleur film du monde à voir au BIFFF (Tokyo Gore Police y avait été présenté en 2008), donc dans une ambiance de hurlements, de bières et de répliques qui fusent dans les esprits des festivaliers. En revanche… Il est beaucoup plus difficile à apprécier un mardi matin avec son bol de céréales. En terme de réalisation, le manque de budget est assez criant, le jeu des acteurs est approximatif (sauf pour Eihi Shiina qui est incroyable), l’image n’a rien d’artistique et clairement, le montage est trop rapide… Et d’un côté la force du film réside là aussi. Le film marque par son manque de sérieux, sa fraîcheur, son dynamisme et surtout le fait qu’il ose tout et assume tout. Il est compliqué d’analyser un film aussi atypique et aussi décalé, mais clairement Nishimura a réussi à faire ce qu’il a voulu entreprendre, faire un film sans complexe et qui fait un doigt d’honneur au bon sens et à la bienséance.

In fine, Tokyo Gore Police peut se résumer à son titre, on se fiche un peu de l’histoire, il y a Tokyo, du Gore et des histoire de flics, de la vengeance, des filles nues, du fétichisme dans des caves douteuses, des mutants dégoutants, encore du gore, un personnage féminin vraiment badass (et elle était là avant Furiosa), encore du gore, un pénis géant, et des effets spéciaux très très très organiques. Pas d’abus de green screens ou d’effets spéciaux style Sharknado, mais du corporel, du visqueux et du dérangeant. Ce qu’il faut retenir et reconnaitre à Tokyo Gore Police, c’est son authenticité.