Focus

Focus Rupture Conjugale : Blue Valentine (2010)

You always hurt the one you love

Affiche de Blue Valentine

Après six années d’amour, le couple de Dean et Cindy bat de l’aile. Elle lui reproche son manque d’ambition, il ne comprend plus ses réactions. Quelques années auparavant, ils se rencontraient par hasard et le coup de foudre faisait effet…

L’échec de leur relation était prédit mais, aveuglés par leur passion naissante et le besoin absolue d’avoir quelqu’un auprès d’eux, ils ne l’avaient pas vu, ou peut-être étaient-ils passés au dessus, grâce à leur amour et à l’espoir essentiel à toute relation.

Construit en deux temps comparés au fil de l’œuvre, Blue Valentine présente à la fois l’érosion d’un couple, les ravages du temps et de incommunicabilité. C’est là toute sa force : en connaissant l’issue dramatique de ce conte fée moderne et ce qu’il faut de déjà désillusionné, tourné en 16 mm (contre un « présent » tourné en numérique), le spectateur assiste impuissant à la condamnation d’un bonheur – ou peut-être à la triste fin d’un enfer pour que chacun puisse retrouver un véritable bonheur ailleurs. On doit beaucoup aux excellents interprètes, Michelle Williams et Ryan Gosling, dont la puissante alchimie comme la distance, le dégoût, traversent l’écran. Des imperfections de leurs personnages naît le réalisme (soucis du film qui ne fait qu’insister davantage sur la dramaturgie de son propos) mais aussi l’empathie. On ne parvient à détacher leurs émotions et encore moins à prendre parti : les anciens amants se déchirent non pas par jugements de valeurs objectifs mais parce que leurs individualités ne sont plus compatibles. La séparation des aimants est également visuelle, les tendres câlins, les moments volés par la caméra tendre et fugace, laissent place à des scènes lourdes, où l’autre ne parvient plus à s’immiscer dans la vie de son ou sa partenaire sans avoir la sensation d’être un ou une intrus.

Extrait de Blue Valentine

Discrètement organique, Blue Valentine filme non pas seulement des corps qui s’attirent et une sexualité douce et passionnelle, puis morne et gênante, mais également ces mêmes corps qui vieillissent. Leur splendeur d’antan, la beauté propre à leur jeunesse, voir de l’adolescence pour Cindy laissent place à un homme et une femme quelconques, minés par les années de travail, la parentalité et les déceptions du quotidien (même s’il y a plus laids que l’adorable Michelle Williams et le charismatique Ryan Gosling, aussi dégarni soit-il). Les choix de photographie y contribuent fortement, avec notamment le changement de support mentionné précédemment, la pellicule laisse place au numérique pour une image différente sur plusieurs plans, y comprend la détérioration du côté organique apporté par la première technique.

Au delà de la dramaturgie liée à la disparition de l’amour, on observe ses conséquences sur l’enfant de Cindy qu’ils ont élevé ensemble, on voit le quotidien marital se détériorer, comme le symbolise très bien un des éléments les plus poignants du film, qu’on ne peut révéler ici. Le rêve de deux jeunes (très, trop jeunes) brisés, les années de bonheur construites avec la détermination d’avoir pour tous les deux, une vie meilleure que celle d’avant leur rencontre s’écrase, laissant un arrière goût douloureux. Le seul réconfort est celui d’une catharsis, d’observer une œuvre qui témoigne du sort de beaucoup, victimes du temps, et qui offre le triste spectacle d’une rupture amoureuse, difficile mais belle malgré tout, parce que témoin d’instants passés de bonheur.

Dans la catégorie du film de rupture tout comme dans la filmographie de Derek Cianfrance, Blue Valentine est à placer très haut. Portée par de magnifiques acteurs dont l’amour semble réel et transperce l’écran, l’œuvre est aussi douloureuse qu’admirable tant elle maîtrise chacun des thèmes apportés par son sujet.