Focus Sagas

Focus Saga : Bridget Jones : L’Âge de raison de Beeban Kidron (2004)

Bridget aurait-elle enfin réussi à trouver l’amour ?

Affiche de Bridget Jones : LÂge de raison réalisé par Beeban Kidron (2004)
Affiche de Bridget Jones : LÂge de raison réalisé par Beeban Kidron (2004)

Bridget Jones a enfin trouvé l’amour. Elle vit une passion idéale avec le séduisant Mark Darcy. Pourtant l’apparente dévotion de celui-ci ne suffit pas à calmer les angoisses chroniques de la jeune femme. D’abord, il y a Rebecca, cette bombe abominablement jeune et horriblement séduisante qui rôde. Et puis, il y a également l’ancien patron de Bridget, Daniel, toujours aussi honteusement irrésistible. Ajoutez à cela sa carrière de journaliste à mener aux quatre coins du globe, sans oublier les conseils douteux de ses proches et vous avez une idée de l’ampleur de la catastrophe qui s’annonce. Pour sauver le bonheur qu’elle n’a même pas encore réussi à construire, Bridget va devoir affronter le monde entier… En commençant par elle-même !

Après le succès du premier film Le journal de Bridget Jones trois ans auparavant, Tim Bevan, Jonathan Cavendish et Eric Fellner, les trois producteurs de l’adaptation cinématographique du roman de Helen Fielding, décident de remettre le couvert. Le casting reste inchangé avec le même trio de tête : Colin Firth, Renee Zellweger et Hugh Grant, mais à la réalisation c’est Beeban Kidron qui prend les commandes. Autant dire qu’une certaine pression pesait sur le film à sa sortie suite à la réussite du premier Bridget. L’oeuvre se devait d’être aussi légère, drôle et fine. Malheureusement, le défi est loin d’être relevé, faisant de Bridget Jones : L’Âge de raison une pale copie de son prédécesseur, une déception qui divise fortement les spectateurs et qui n’a pas réussi à convaincre la critique.

On retrouve dans ce second épisode une Bridget toujours aussi maladroite et tarte mais amoureuse, vivant une relation passionnelle avec ce cher Mark Darcy. Tout semble aller pour le mieux mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit de Bridget : rapidement tout tourne au vinaigre. Reprenant les mêmes gags que le premier film, Bridget Jones : L’Âge de raison se révèle très vite ennuyeux et prévisible. Avec une construction scénaristique classique et sans recherche, l’humour ne prend pas, laissant même le spectateur indifférent. Toutes ces maladresses de notre chère Bridget ont déjà été vues, l’audience commence à la connaître et rajouter ainsi une couche sur ce protagoniste tête en l’air ne fait qu’alourdir sa présence, effaçant tout naturel existant. Cette insistance sur ce trait de caractère donne l’impression que le personnage n’évolue pas mais qu’il stagne dans sa situation initiale, expliquant entre autres le côté ‘‘lourd’’ de Bridget. Sans oublier d’ajouter à cela une voix-off omniprésente, étouffante qui empêche les personnages de s’exprimer par eux-mêmes et Bridget Jones : L’âge de raison ne devient que l’ombre du film qui l’a précédé.

Bridget Jones : LÂge de raison réalisé par Beeban Kidron (2004)
Bridget Jones : LÂge de raison réalisé par Beeban Kidron (2004)

Mais le schéma est le même pour le personnage de Daniel Cleaver, qui est resté ce séducteur invétéré malgré son apparente douloureuse rupture avec Bridget. Serait-ce un choix scénaristique dans le but de montrer qu’on ne change pas la nature profonde des Hommes ou un manque de développement ? Certes un très court laps de temps s’est écoulé dans l’intrigue entre les deux films mais l’expérience vécue dans Le journal de Bridget Jones a malgré tout eu un impact sur les personnages. Ces derniers auraient dû montrer une certaine évolution, ne serait-ce que pour les rendre plus crédibles. Et pour renforcer sa lourdeur, le film plonge très vite dans les clichés ainsi, toute la finesse du scénario développé dans Le journal de Bridget Jones s’évapore avec cette suite qui reste à la surface des choses. Du voyage en Thaïlande, le spectateur n’en retient que des préjugés loin d’être flatteurs. Drogue, prostitution et prison, Kidron dépeint un pays pauvre et exotique, trop loin du quotidien de nos chers protagonistes. Plutôt que de faire le choix d’entrer dans le réel des choses, de développer ses partis pris de façon réalistes, ce qui aurait pu rendre Bridget plus attachante, le réalisateur fait un tout autre choix, celui de montrer à l’écran une multitude de scènes aseptisées. Les prostituées ont l’air heureuses et les femmes incarcérées dansent, un soutien-gorge au dessus de leur t-shirt, Like Virgin. Sans compter Bridget qui a besoin d’entendre les témoignages stériles et sans émotions de ses codétenues pour se rendre compte des sentiments qui l’animent réellement. Autant de choix artistiques qui ne font qu’alourdir le film, attisant plus l’ennui du spectateur que son sens de l’humour.

Bien que dans sa globalité le Bridget Jones : L’Âge de raison ne fonctionne pas, en faisant des tonnes sans la moindre subtilité, quelques plans relèvent néanmoins d’une certaine recherche et sont appréciables tant dans leur mise en œuvre que leur beauté. Ce panoramique sur les toits londoniens en est le parfait exemple. Montrant des couples, profitant de leur soirée chez eux, il souligne la solitude de Bridget, sans la moindre voix-off pour faire grésiller le tout, il s’agit d’un des moments les plus poétique du film. Ce plan c’est aussi la preuve que le film aurait pu être à la hauteur de ce que le public attendait.

Bridget Jones : L’Âge de raison est une lourde déception, un film sans charisme qui ne répond clairement pas aux attentes espérées. En dépit d’un potentiel notable, perçant à certains instants, les aventures de Bridget ne passionnent plus comme à ses débuts. Changement de réalisateur, conflit entre coscénaristes : les raisons de cet échec sont malheureusement multiples pour un film qui avait pourtant de grandes ressources.